Traité de Versailles, 28 juin 1919
Une action centenaire

Après des mois de négociations entre les chefs d’État et les équipes diplomatiques à la Conférence de paix de Paris de 1919, la Première Guerre mondiale a officiellement pris fin le 28 juin 1919, par la signature du Traité de Versailles.

A Peace Conference at the Quai d’Orsay. William Orpen. IWM (Art.IWM ART 2855)

Pour le Canada, une représentation à la Conférence de paix de Paris et la signature du Traité de Versailles étaient d’une importance vitale; le premier ministre Borden avait énormément insisté sur cette participation. Voici ce qu’il a déclaré au Parlement :

« Au nom de mon pays, je me suis tenu fermement sur ce solide terrain; et pendant la plus grande de toutes les guerres, dans laquelle la liberté du monde, la justice du monde, en bref, la destinée future du monde étaient en jeu, le Canada a dirigé les démocraties des deux continents américains. Sa détermination a été une source d’inspiration, ses sacrifices ont été bien visibles et son effort a été indéfectible, jusqu’à la fin. Le même esprit indomptable qui l’a rendu capable de cet effort et de ce sacrifice l’a rendu tout aussi incapable d’accepter à la Conférence de la paix, au sein de la Société des Nations, ou ailleurs, un statut inférieur à celui accordé aux nations moins avancées dans leur développement, moins nanties en richesses, en ressources et en population, pas plus complètes dans leur souveraineté et beaucoup moins visibles quant à leur sacrifice. »

 

Le Canada a signé le traité de façon indépendante, mais la signature a été décalée sous « Empire britannique ». Même si cela témoignait de l’ambiguïté permanente du rôle du Canada et des autres dominions dans le monde, il s’agissait d’un pas important vers l’indépendance complète du Canada, sur le plan de sa politique étrangère. Douze ans plus tard, le Statut de Westminster (1931) a autorisé le Canada à gérer ses propres affaires extérieures. La reconnaissance internationale que le Canada a reçue est attribuable en grande partie aux sacrifices de ses forces armées tout au long de la Première Guerre mondiale.

Une politique étrangère indépendante signifiait que le Canada ne serait plus forcé d’entrer en guerre en raison de sa relation avec l’Angleterre – comme ce fut le cas en août 1914. Les guerres futures ne seraient menées qu’avec le consentement du Parlement. Par conséquent, au début de la Deuxième Guerre mondiale, lorsque l’Angleterre a déclaré la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939, le Canada n’était pas forcé de suivre l’Angleterre et est entré en guerre le 10 septembre 1939, après la tenue d’un vote à la Chambre des communes.

Après la signature du Traité en juin 1919, une session parlementaire extraordinaire a été convoquée le 1er septembre 1919 pour que le Traité soit ratifié au Canada. Au cours de cette session extraordinaire, le premier ministre Borden a parlé de l’accord de tous les pays aux termes du Traité :

« Je ne prétends pas qu’il n’y a pas eu d’hésitation, ni même de protestation. Il est probable que pour aucun pays, les représentants étaient absolument satisfaits de chacune des dispositions contenues dans ce Traité. Je n’exclus pas les représentants du Canada de cette affirmation éloquente. Mais il y a un fait remarquable : trente-deux nations aux idéaux et aux aspirations divergents et parfois contradictoires, dont le statut, le pouvoir et le développement politique sont très divergents, et qui sont parfois séparées par d’anciens antagonismes et des jalousies de longue date, ont finalement donné leur acquiescement absolu à un traité, lequel, quelles qu’en soient les imperfections, a été conçu en toute sincérité pour assurer la paix future du monde. »

 

Malgré les prétentions de Borden, les conditions n’ont pas été sans controverse. Le traité obligeait l’Allemagne à se désarmer, à faire de nombreuses concessions territoriales et à payer les réparations, tout en acceptant la responsabilité d’avoir causé toutes les pertes et tous les dommages pendant la guerre. Certains étaient d’avis que ces termes étaient trop sévères, tandis que d’autres critiquaient le fait qu’ils étaient trop indulgents. Nombreux sont ceux qui ont affirmé que les conditions imposées par le Traité ont créé les conditions qui mèneraient à l’agitation en Allemagne et au déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale en 1939 – ce qui est exactement à l’opposé des intentions des personnes ayant participé à la création du Traité.

Portrait de Sir Robert Laird Borden. Sir William Orpen Collection. Bibliothèque et Archives Canada / no d’acquisition 1991-76-1 / C-11238

Bibliothèque et Archives Canada : « Ce portrait du neuvième premier ministre du Canada, Sir Robert Laird Borden (1854-1937), a été peint par Sir William Orpen (1878-1931) à la demande du gouvernement britannique, pour commémorer en portrait de groupe les délégués de la Conférence de paix de Paris de 1919. L’oeuvre en question est un croquis préparatoire développé au cours de quatre sessions où Borden, comme tous ses co-participants, dut poser individuellement pour l’artiste. L’oeuvre finale, un tableau à grande échelle intitulé A Peace Conference at the Quai d’Orsay, se trouve aujourd’hui au Imperial War Museum à Londres. Ce portrait unique de Sir Robert Borden reflète l’état de santé fragile du premier ministre, et la fatigue profonde qui l’accablait suite aux événements des mois tumultueux précédant la conférence. »

 

« Le Canada et la paix : Discours de Robert Laird Borden sur le traité de paix », (Ottawa : 1919) https://wartimecanada.ca/fr/document/world-war-i/peace/le-canada-et-la-paix