Témoignage d’Andelina Habel-Thurton
Récipiendaire du Prix Vimy Beaverbrook 2019

Andelina Habel-Thurton

Cette année, j’ai eu l’extrême privilège de participer au programme du Prix Vimy Beaverbrook. Il est indéniable qu’un tel programme laissera une empreinte profonde chez une étudiante comme moi : passionnée d’histoire, mais qui a tout de même tant à apprendre et à comprendre.

J’ai adoré le fait qu’une grande importance ait été accordée au doute et à l’esprit critique dans ce programme. La place que l’on accorde librement à la formation et à l’expression de ses propres hypothèses a changée ma manière d’aborder l’histoire. J’ai découvert l’immense part créative qui s’y trouvait comparativement aux “faits” en tant quel tel. Pouvoir voir des historiens en action, en train de remettre chaque fait établi en question et de contrer les biais temporels, m’a inspiré à adopter cette manière de réfléchir.

Une grande part de mon apprentissage s’est fait à travers mes collègues venant de partout au Canada. En tant que Québécoise, je n’avais jamais utilisé le terme « Canadienne » pour me définir sincèrement. Bien que cela ne changera probablement pas, j’ai maintenant une meilleure compréhension des autres cultures qui habitent notre vaste pays. J’ai aussi compris que l’histoire avait été un vecteur incroyable d’amitié, de compréhension et de compromis; peu importe les différences qui distinguent nos cultures et nos références, ce qui nous unissait était l’histoire que nous partagions et de laquelle nous sommes passionnés. De plus, s’il y a bien une chose que j’ai apprise sur le Canada, c’est que nous avons une jeunesse sensible, intelligente, humaniste, curieuse et motivée en laquelle j’ai confiance et que j’ai hâte de voir devenir influente.

Bombardier intérimaire Ruthven Ignatius Pegus

J’ai eu la chance de faire la connaissance de Ruthven Ignatius Pegus, mon soldat présenté, mort en 1916, immigrant de Trinidad et Tobago (comme mon père), enrôlé dans l’armée lors d’une époque qui pullulait de racisme. J’aurais voulu lui rendre meilleur hommage ou lui apporter un drapeau trinidadien, lui qui devait être traité de manière inhumaine, lui qui voulait probablement être accepté, lui qui est mort pour un empire qui l’asservissait, lui qui n’aurait jamais pu penser que son nom serait honoré plus de 100 ans après sa mort par une étrangère. Comme je voudrais qu’il voie ma situation, acceptée parmi mes pairs, libre d’apprendre et libre d’agir. Pour moi ce fut très important de lui exprimer le respect qu’il n’a probablement jamais reçu vivant.

Je compte être plus vocale par rapport à mon respect des vétérans, mon opposition aux mentalités violentes et haineuses et à mon devoir de mémoire. J’ai aussi très hâte d’incorporer tout ce que j’ai appris dans mes futurs travaux, alors que je m’engage actuellement dans une carrière historique. Je l’incorporerai aussi dans toutes les sphères de mon existence, afin de pouvoir la mener dans l’indépendance, la liberté et la vie.

Le programme du Prix Vimy Beaverbrook m’a permis de rencontrer des individus extraordinaires comme de réels vétérans, des victimes et témoins  locaux des Guerres mondiales et des experts. Plusieurs d’entre eux s’éteindront malheureusement dans la prochaine décennie, ce qui m’attriste, mais me rempli de détermination. Ce contact inestimable me permettra de mieux porter leur flambeau.