Bataille de la Côte 70 Prenait Fin
Une action centenaire

« Des Écossais canadiens se reposant dans un village près de Lens. La main qui berce l’enfant domine l’Allemand. Septembre 1917. »
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-001853.

25 août – En ce jour, en 1917, la bataille de la Côte 70 prenait fin. À la fin de la journée du 24 août, les survivants du 44e Bataillon (Manitoba) avaient été forcés de se retirer de Green Crassier, ayant été attaqués de tous côtés et ayant accumulé 257 pertes (Nicholson, Canadian Expeditionary Force, 1914-1919, p.296). Dans une dernière manœuvre, le 50e Bataillon (Calgary) a attaqué la tranchée fortifiée Aloof le 25 août. À la tombée, le 25 août, le retrait des troupes canadiennes à la Côte 70 et à Lens était complété, marquant ainsi la fin de la bataille du Corps expéditionnaire canadien à la Côte 70.

Alors que l’attaque de la Côte 70 avait été un succès retentissant, la ville de Lens allait demeurer en mains allemandes jusqu’à leur retrait en 1918. Pour leurs succès, les Canadiens ont reçu plusieurs marques de reconnaissance, dont six Croix de Victoria et l’Honneur de bataille de la Côte 70. Du 15 au 25 août 1917, le nombre de victimes canadiennes s’est élevé à 9198 soldats tués, blessés ou faits prisonniers.  

« Des maisons allemandes renforcées avec du béton, en périphérie de Lens. Septembre 1917. »
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-003890.

Corporal Filip Konowal, V.C. 
Une action centenaire

Filip Konowal, à Londres, avant de recevoir sa Croix de Victoria.
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-006732.

22-24 août 1917

Filip Konowal photographié à Londres après avoir reçu la Croix de Victoria.
© IWM (Q 69170)

Filip Konowal a immigré au Canada, en provenance de la Sibérie, en 1913. Né dans ce qui est aujourd’hui l’Ukraine, Konowal avait servi comme instructeur de combat à la main et à la baïonnette dans l’armée impériale russe avant de travailler comme bûcheron dans une compagnie d’exploitation du bois en Sibérie. En 1916, il s’est enrôlé dans le 77e Bataillon (Ottawa), mais une fois outre-mer, il a été transféré dans le 47e Bataillon  (Colombie-Britannique).   

Durant les batailles de la côte 70 et de Lens, Konowal a servi au sein d’un groupe de ratissage, avançant derrière la première vague, se débarrassant des pochettes de résistance ennemie encore présentes. À plusieurs occasions, Konowal est descendu seul dans les sous-sols et les caves sombres qui avaient été convertis en postes de mitrailleuses, attaquant des équipages ennemis entiers avec des massues et des baïonnettes, émergeant chaque fois sans une seule égratignure. À un certain moment, il a foncé sur un groupe de sept soldats qui se déplaçaient à vue, les abattant tous (Bureau canadien des registres de guerre, Thirty Canadian V.Cs., p.60). Durant l’une de ses dernières actions, il a pénétré dans un tunnel près de Fosse 4, lançant deux charges d’ammonium sur une garnison avant de foncer sur elle avec une baïonnette, et éliminant le poste entier (Bureau canadien des registres de guerre, Thirty Canadian V.Cs., p.60). Le corporal Konowal a peu après été grièvement blessé par un coup de feu au cou et à la figure. Il a été évacué, a récupéré et a même servi au sein du Corps expéditionnaire canadien en Sibérie plus tard durant la guerre. 

Cependant, tout comme cela fut le cas pour un autre récipiendaire de la Croix de Victoria, le soldat Michael O’Rourke, la vie du corporal Filip Konowal après la guerre a été marquée par la tragédie. Le jour après avoir mené la Parade de la paix des vétérans au travers des rues du centre-ville d’Ottawa, le 19 juillet 1919, Konowal allait être accusé du meurtre au couteau de William (Vasyl) Artich à Hull, au Québec. L’ami de Konowal, Leonti Diedek, avait été attaqué par Artich, et Konowal a porté secours à Diedek. Durant la lutte qui s’en est suivie, durant laquelle Artich a frappé Konowal sur le crâne et a ensuite coupé et poignardé son bras, Konowal a pris le contrôle du couteau, frappant Artich une seule fois, droit au cœur. Lorsque la police est arrivée, Konowal se tenait calmement sur la scène du crime et a affirmé de façon stoïque: « J’en ai tué 52 (à la guerre), c’est le 53» (Sorobey, “FilipKonowal, VC: The Rebirth of a Canadian Hero, Canadian Military History, Vol. 5: Iss. 2, Article 6).  

Un plus vieux Filip Konowal, photographié après la guerre. Les cicatrices et les traumatismes de ses blessures sont devenus plus évidents alors qu’il a pris de l’âge.
Crédit: Vladimir J. Kaye/Bibliothèque et Archives Canada/C-010023.

Mis au banc des accusés, Konowal a reçu un soutien inébranlable de la part de l’Association des vétérans de la Grande Guerre (un précurseur à la Légion royale canadienne), et des fonds ont été amassés pour assurer sa défense. Il a été déterminé que les blessures et traumatismes soufferts par Konowal durant la guerre avaient causé du dommage à son cerveau, donnant lieu à des hallucinations et des sautes d’humeur dramatiques. (Parfois, il croyait qu’il était encore à la côte 70, et les étrangers étaient des ennemis attaquant ses hommes) Reconnu comme n’étant pas criminellement responsable du meurtre, Konowal a été admis à l’hôpital Satin Jean de Dieu de Montréal (maintenant nommé Institut universitaire  en santé mentale de Montréal) le 27 avril 1921. 

Approximativement sept ans plus tard, après un traitement progressif et un rétablissement stupéfiant, Konowal a été relâché. Trouver un emploi tout comme le monde glissait dans la Grande Dépression était particulièrement difficile, mais grâce à un heureux hasard, Konowal a trouvé un poste au sein du personnel d’entretien des édifices du parlement. Lors d’une autre rencontre fortuite, William Lyon Mackenzie King, le premier ministre de l’époque, a remarqué les rubans de médailles épinglés à l’uniforme d’entretien de Konowal, incluant le ruban cramoisi de la Croix de Victoria. À partir de ce moment, Konowal fut assigné comme concierge personnel et messager de la chambre no.16, soit le bureau du premier ministre sur la Colline du Parlement. 

Plusieurs années plus tard, des groupes de vétérans et des branches de la Légion royale canadienne allaient être nommés en l’honneur de Filip Konowal, et plusieurs plaques allaient être érigées à travers le pays. Des fonds allaient aussi être recueillis afin de l’aider à aller en Angleterre pour rencontrer la famille royale lors du centenaire de la création de la Croix de Victoria. Plus récemment, la ville natale de Konowal en Ukraine, Kutkivtsi (Kudkiv), a dévoilé un grand mémorial de pierre et de bronze à son nom; la ville de Lens, en France, a dévoilé une plaque et un bas-relief; et le nouveau mémorial de la côte 70, dévoilé en avril 2017, inclut un chemin nommé « chemin Konowal ». Il semblerait aussi que, malgré qu’il ait cru qu’elles avaient été tuées lors des purges de Stalin, la femme et la fille de Konowal avaient en effet survécu, et que ses petits-enfants seraient encore vivants aujourd’hui à Kutkivtsi (Kudkiv), en Ukraine.  

Filip Konowal, décédé le 3 juin 1959, est enterré au cimetière Notre-Dame-de-Lourdes à Ottawa, en Ontario.  

La citation officielle pour la médaille de Filip Konowal, alors caporal, V.C (deuxième à partir du bas, colonne de gauche).
Crédit: The London Gazette, date de publication:  23 novembre 1917, supplément:  30400, page: 12329.

Pour une histoire plus complète de la vie du corporal Filip Konowal, V.C., consultez: Sorobey, Ron (1996), “FilipKonowal, VC: The Rebirth of a Canadian Hero,Canadian Military History: Vol. 5 : Iss. 2 , Article 6.  Disponible au: http://scholars.wlu.ca/cmh/vol5/iss2/6 

Note de l’éditeur – Il existe quelques contradictions au sujet des dates durant lesquelles les actions qui ont mené à la Croix de Victoria de Konowal ont eu lieu. Plusieurs sources affirment que cela s’est déroulé sur une période de deux jours, du 22 au 24 août 1917. Cependant, son rapport de service indique que Konowal aurait été sérieusement blessé le 21 août 1917 et admis à l’hôpital. Il est clair que Konowal a été gravement blessé à un certain moment durant la bataille, mais si ses actions ont eu lieu durant le ratissage de l’attaque de Lens, alors les dates du 22 au 24 août 1917 sont plus plausibles. L’attaque de Lens n’a pas débuté avant les petites heures du matin le 21 août 1917. Toutefois, dans le brouillard du combat dans les tranchées, il est possible que Konowal se soit trouvé à se battre la journée avant que l’attaque de Lens ne commence officiellement, et cela pourrait avoir été pris en considération dans la « période de deux jours ».  

 

 

 

Le sergent-major de compagnie Robert Hanna, V.C. 
Une action centenaire

Le sergent-major de compagnie Robert Hanna, V.C., (D) et le soldat Michael James O’Rourke, V.C., M.M., (G) à Londres, après la réception de leurs Croix de Victoria (celle d’O’Rourke peut être vue, épinglée sur sa poitrine). 
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-006656.

21 August 1917

CSM Robert Hanna, V.C.
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale, 2017.

Robert Hanna a immigré au Canada depuis Kilkeel, en Irlande, en 1905. Lorsque la guerre a éclaté, il s’est enrôlé au sein du 29e Bataillon (Vancouver) le 7 novembre 1914. En août 1917, il s’était déjà élevé au rang de sergent-major de compagnie (CSM) lorsque, durant une tentative pour saisir un certain nombre de tranchées au sommet de la côte 70, tous les officiers de la compagnie « B » ont été faits victimes. La commande de cette force en détresse est donc passée aux mains du CSM Hanna. Dans une position précaire, la compagnie voisine « C », et maintenant la compagnie «B » d’Hanna, accumulaient un nombre croissant de pertes dues à une ligne ennemie défensive centrée à l’entour d’un poste de mitrailleuse. Ayant déjà vu les trois attaques précédentes échouer,  le CSM Hanna a tout de même rassemblé un petit groupe d’hommes, le menant dans une avancée au travers d’enchevêtrements de fils barbelés et de tirs ennemis. Atteignant le poste de mitrailleuse, Hanna a mené la charge jusqu’à la fin, attaquant trois des membres de la troupe avec sa baïonnette et le quatrième avec la crosse de son fusil (Bureau canadien des registres de guerre, Thirty Canadian V.Cs., p.49). Durant une courte pause, Hanna et les quelques hommes qui avaient survécu ont créé une position de blocage dans le système de tranchées, avant que les Allemands ne lancent une série de contre-attaques. Chaque nouvelle attaque a été refoulée par la petite bande de Canadiens menée par le CSM Hanna, et ils ont tenu bon jusqu’à ce que du renfort arrive plus tard ce jour-là (Bureau canadien des registres de guerre, Thirty Canadian V.Cs., p.49). 

Pour ses actions immédiates, son leadership et ses habiletés au combat cette journée-là, le sergent-major de compagnie Robert Hanna a reçu la Croix de Victoria. Il allait survivre à la guerre, retournant en Colombie-Britannique, au Canada. Il est décédé le 15 juin 1967 et est enterré au Masonic Cemetery, à Burnaby, en Colombie-Britannique. Sa tombe a depuis reçu une pierre tombale traditionnelle de la Commonwealth War Graves Commission (Commission des tombes de guerre du Commonwealth).   

 

La citation officielle de la médaille pour le CSM Robert Hanna, V.C. (avant-dernière au bas de la colonne de droite).
Crédit: The London Gazette, date de publication:  6 novembre 1917, supplément:  30372, page: 11568.

Sergent Frederick Hobson, VC  & Major Okill Massey Learmonth, VC, MC 
Une action centenaire

Sergent Frederick Hobson, VC

Le Sergent Frederick Hobson, VC.
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale, 2017.

Le 15 août 1917, à l’âge de 41 ans, le sergent Frederick Hobson, de Galt/Cambridge, en Ontario, a participé à l’attaque de la côte 70 aux côtés des hommes de la compagnie « A  » du 20e Bataillon (centre de l’Ontario). Dégageant une section des tranchées ennemies connue sous le nom de Nabob Alley, le sergent Hobson et ses hommes ont établi une position de blocage pour les inévitables contre-attaques. Pendant les trois jours suivants, le poste a tenu bon, jusqu’au moment ou un lourd bombardement au petit matin, le 18 août, a éradiqué le quartier général du 20Bataillon ainsi que tous les fusils Lewis, à l’exception de l’un d’entre eux, dans les positions avancées. Alors que l’unique fusil Lewis a commencé à tirer, un obus allemand l’a frappé, enterrant le fusil et le seul survivant de l’équipage dans la boue et les débris. Comprenant ce qui se passait, Hobson s’est élancé pour déterrer l’homme.

« Nous nous en sommes tirés de justesse », a dit le survivant, le soldat A.G. Fuller.  « Oui j’imagine: déterrons le fusil » a répliqué Hobson. (Bureau canadien des registres de guerre, Thirty Canadian V.Cs., p. 52) Alors qu’ils ont commencé à creuser, l’ennemi s’est mis à tirer sur eux et à avancer au travers de la terre abandonnée.

« Une balle a frappé Hobson, mais il n’a pas porté attention à sa blessure. Ensemble, lui et Fuller ont remis le fusil en position et se sont mis à tirer sur les Allemands, qui déferlaient en masses dans la tranchée. Ils réussissaient à bien repousser l’ennemi lorsque le fusil a bloqué. Hobson a alors pris son arme. “Je vais les retenir”, a-t-il dit à Fuller, “si tu répares le fusil!” » (Bureau canadien des registres de guerre, Thirty Canadian V.Cs., p. 52)  

Déjà blessé, le sergent Hobson a chargé contre le groupe qui pénétrait la tranchée, les repoussant avec son arme, une massue et une baïonnette. Au cœur de la mêlée, un simple coup de fusil a atteint le sergent Hobson, le tuant tout juste comme le soldat Fuller était parvenu à réanimer le fusil Lewis, mettant fin à la menace ennemie. Du renfort est arrivé quelques minutes plus tard. Le sergent Frederick Hobson a reçu la Croix de Victoria à titre posthume. Son corps a été perdu dans le combat qui s’en est suivi, et il est donc commémoré au Mémorial national du Canada à Vimy. 

Page 1 - La citation officielle de la médaille pour le sergent Frederick Hobson, VC (bas de la colonne de droite). 
Crédit: The London Gazette, date de publication: 16 octobre 1917, supplément: 30338, page: 10677.
Page 2 – La citation officielle de la médaille pour le sergent Frederick Hobson, VC (haut de la colonne de gauche). 
Crédit: The London Gazette, date de publication: 16 octobre 1917, supplément: 30338, page: 10678.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le MajorOkillMasseyLearmonth, VC, MC 

« Le major O.M. Learmonth, M.C., D.S.O. (tué) » (Droite) 
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-007451.

Ayant déjà reçu la Croix militaire pour ses actions précédentes en 1917, le major Okill Massey Learmonth, de la ville de Québec, a participé à l’attaque sur la côte 70 avec le 2e Bataillon (Régiment de l’est de l’Ontario). Le 18 août, ayant tenu sa ligne pendant trois jours,  le 2e Bataillon n’avait plus en ses rangs que 614 hommes lorsque l’ennemi a laissé déferler sur eux un terrifiant bombardement dans les petites heures du matin. Attaquant avec des lance-flammes, l’ennemi a été capable de pénétrer les tranchées du 2e Bataillon avant qu’une mission de bombardement ne puisse les en déloger.

Les attaques ont continué toute la matinée, avec Learmonth chargeant personnellement sur une force ennemie qui menaçait toute sa compagnie, attrapant et relançant les grenades ennemies et criant des encouragements depuis le parapet. Blessé deux fois, il a « continué comme s’il était parfaitement en santé et sans une égratignure » (Bureau canadien des registres de guerre, Thirty Canadian V.Cs., p.57). Une troisième blessure a cassé la jambe de Learmonth mais n’a pas réussi à briser son esprit. « Gisant dans la tranchée, il a continué à diriger ses hommes, à les encourager, à les applaudir, à les conseiller » (Bureau canadien des registres de guerre, Thirty Canadian V.Cs., p.57). Alors que les attaques ennemies se sont tranquillement dissoutes, Learmonth a finalement été installé sur une civière et emporté, transmettant d’importants détails à ses officiers juniors en chemin. Il allait mourir le même jour de ses blessures, à l’hôpital.   

Le major Okill Massey Learmonth, VC, MC a reçu la Croix de Victoria à titre posthume et à plus tard été enterré au cimetière communal de Nouex-les-Mines. Il avait 23 ans.

La citation officielle pour la médaille du major Okill Massey Learmonth, VC (colonne de gauche). 
The London Gazette, date de publication:  6 novembre  1917,  supplément: 30372, page: 1567.

Soldat Michael James O’Rourke, VC, MM
Une action centenaire

15-17 août 1917

Le soldat Michael James O’Rourke, V.C., M.M., représenté ici en novembre 1917 avec les rubans des deux médailles exposées sur sa tunique. 
Crédit: Ministère canadien de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-002250.

Né dans les années 1870 (les dates varient), Michael James O’Rourke a émigré de  Limerick, en Irlande, à Victoria, en Colombie-Britannique. Avant de s’enrôler, O’Rourke travaillait comme mineur et creusait des tunnels pour des projets d’infrastructure majeurs du chemin de fer du Canadien Pacifique. Le 8 décembre 1916, O’Rourke a reçu la Médaille militaire pour sa bravoure durant son service au sein du 7e Bataillon (1er, Colombie-Britannique) à la Somme. Bien qu’il était un porteur de civière sans arme, O’Rourke a lancé une offensive personnelle contre une contre-attaque allemande en pleine avancée, repoussant l’ennemi pendant quelques heures.  

Lorsque le 7e Bataillon a participé à l’attaque sur la côte 70, seize porteurs de civière, dont O’Rourke, sont entrés dans le combat; deux ont été tués et onze ont été blessés, « parce que les Allemands tiraient dessus alors qu’ils s’affairaient à transporter les blessés hors du champ de bataille. Pendant ces jours et nuits, O’Rourke a travaillé incessamment afin de secourir les blessés, pansant leurs blessures au milieu des tirs et leur amenant nourriture et eau… plusieurs fois, il a été renversé et partiellement enterré par les explosions des obus. Une fois, voyant un camarade qui avait été aveuglé tituber en pleine vue de l’ennemi, qui tirait dessus, O’Rourke a sauté hors de la tranchée afin de le ramener… »  

La bravoure et le travail de sauvetage d’O’Rourke pendant plus de trois jours et trois nuits (du 15 au 17 août 1917) de bataille incessante ont été reconnus par l’attribution de la Croix de Victoria.   

Le soldat Michael James O’Rourke, VC, MM,  démontrait déjà des signes de stress post-traumatique en avril 1918, tel que noté ici dans ses formulaires médicaux. (Voir section 9).
Crédit: Ministère canadien de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/Référence : RG 150, versement 1992-93/166, boîte 7484 – 42
Numéro d’item : 544552.

Le soldat Michael James O’Rourke, VC, MM, a réussi a survivre à la guerre, mais la vie après n’était pas facile. Des traumatismes émotionnels et physiques ont mené à ce qui serait aujourd’hui sans aucun doute diagnostiqué comme un trouble de stress post-traumatique. O’Rourke était incapable d’obtenir un travail stable, se promenant sur la côte ouest d’un emploi à l’autre, étant plus ou moins pauvre, et survivant grâce à une maigre pension d’invalidité. En 1935, il a notamment été placé à la tête d’une grève des débardeurs de Vancouver qui s’est terminée avec la bataille du quai Ballantyne.    

La vie d’O’Rourke est un triste exemple du traitement des vétérans après la guerre, bien que ses funérailles aient offert un dernier honneur à un homme brisé et appauvri. Les articles des journaux affirment que la procession comprenait au moins sept autres récipiendaires de la Croix de Victoria, des fonctionnaires de la ville, des officiers militaires, les autres vétérans du 7e Bataillon, ainsi que d’anciens collègues des quais et de vieux amis sans abri. Le soldat Michael James O’Rourke, VC, MM, est enterré au Forest Lawn Memorial Park à Burnaby, en Colombie-Britannique, sous une pierre tombale modeste.

La citation officielle de la médaille pour le soldat Michael James O’Rourke, VC, MM  (inscription de la colonne de droite).
Crédit: The London Gazette, date de publication: 6 November 1917, supplément: 30372, page: 11569.

 

 

 

 

Soldat Harry Brown, VC
Une action centenaire

16 août 1917

Soldat Harry Brown, VC. 
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale, 2017.

Le soldat Harry Brown, de Gananoque, en Ontario, a servi au sein du 10e Bataillon (Canadiens) durant l’attaque de la côte 70. Le 16 août 1917, alors qu’un modeste poste était renforcé par un petit groupe du bataillon, l’ennemi avait été vu se regroupant. Afin d’épargner le poste, le groupe avait désespérément  besoin d’artillerie pour pouvoir combattre les contre-attaques ennemies. À ce stade de la bataille, toutes les communications avec le quartier général avaient été coupées par les tirs d’obus. Le soldat Brown et un deuxième coureur avaient été envoyés avec une demande urgente de soutien de l’artillerie lorsqu’ils ont été pris à découvert par un barrage hostile. Le compagnon de Brown a été tué, alors que Brown, lui, a vu son bras fracassé. Transportant toujours le message, Brown a continué son chemin au travers des trous d’obus et des tranchées saccagées, se rendant lentement jusqu’a un abri équipé d’un téléphone qui fonctionnait.  

Regardant depuis un autre de ces abris, se trouvait un officier qui « scrutait la dévastation » lorsque soudainement, « une silhouette sombre a rampé hors de la ruine et s’est avancée vers l’abri. C’était un soldat, sans chapeau, pâle, sale, ravagé, avec un bras ensanglanté ballant à son côté ». (Bureau canadien des registres de la guerre, Thirty Canadian V.Cs., p. 46). Ayant atteint une sécurité relative, Brown s’est effondré dans les escaliers de l’abri souterrain, complètement épuisé, ne restant conscient qu’« assez longtemps pour tendre son message en précisant “message important” » (The London Gazette, date de publication: 16 octobre 1917, supplément: 30338, page: 10678). Avec son message livré et du soutien d’artillerie en chemin, Brown a glissé dans l’inconscience, mourant de ses blessures quelques heures plus tard dans une station de pansement, aux petites heures du matin, le 17 août 1917. Le soldat Harry Brown, VC, est enterré au cimetière communal de Noeux-les-Mines.   

La citation officielle de la médaille pour le soldat Harry Brown, VC  (première inscription de la colonne de droite).
Crédit: The London Gazette, date de publication: 16 octobre 1917, supplément: 30338, page: 10678.