La Commission de Secours d’Halifax

 

« Children getting food from a relief station »
Mention : Service international du film, Nathaniel N. Morse, Archives de la Nouvelle-Écosse. Numéro d’accession 1989-298 / négatif: N-7081.

L’explosion d’Halifax a suscité un élan international pour aider la ville. En plus des nombreux trains de secours à destination d’Halifax, les dons financiers ont commencé à arriver en réponse à un appel public des responsables municipaux au reste du Canada (Mac Donald, Curse of The Narrows – The Halifax Explosion 1917, p. 221). Ces dons provenaient d’entreprises, de particuliers, d’églises et de gouvernements fédéraux. L’Australie a donné 250 000 dollars, la Grande-Bretagne et les États-Unis ont tous deux versé des dons de 5 millions de dollars (Mac Donald, Curse of The Narrows – The Halifax Explosion 1917, p. 222). À Boston, tous les billets d’un concert-bénéfice mettant en vedette la soprano australienne Nellie Melba, le violoniste autrichien Fritz Kreisler et le Boston Symphony se sont envolés le jour même de l’annonce (Mac Donald, Curse of The Narrows – The Halifax Explosion 1917, p. 222). Lorsque la Eastern Steamships Company a fourni un autre navire pour effectuer des livraisons à Halifax, les donateurs étaient tellement nombreux qu’il a fallu faire appel à la police pour contrôler la foule (Mac Donald, Curse of The Narrows – The Halifax Explosion 1917, p. 222). Les dons financiers au fonds de secours d’Halifax allaient finalement dépasser les 20 millions de dollars (environ 319 millions en dollars de 2017).

Donation au fonds de secours d’Halifax par le chef et les conseillers de la bande Samson, de Hobbema (maintenant Maskwacis) en Alberta.
Crédit : Bibliothèque et Archives Canada. Documents textuels : 90 : Ouvert, Bobine de microfilm C-10185, No dossier (créateur) : 507827, Documents textuels : Limites non établies, Volume 32 : Restreint selon la loi 4088, Ancien no de référence archivistique RG10. No d’instrument de recherche no. 10-13. No. MIKAN 2060459, Item 2.

Créée par des responsables municipaux le jour de l’explosion, la Commission de secours d’Halifax a été constituée en corporation en 1918 afin d’administrer un fonds de secours supplémentaire de 30 millions de dollars. La Commission était responsable des soins médicaux, de l’indemnisation et de la réhabilitation des personnes blessées ou handicapées à la suite de l’explosion, ainsi que d’initiatives de reconstruction. En 1976, la Commission de secours d’Halifax a finalement cessé ses activités, transférant à la Commission canadienne des pensions le solde de ses fonds de 1,5 million de dollars et la responsabilité de 68 personnes à charge (Historica Canada – Canadian Encyclopedia, “Halifax Relief Commission”, 2017).

 

7 décembre 1917 – des trains de secours à Halifax

« Looking north toward Pier 8 from Hillis foundry after great explosion, Halifax, Dec. 6, 1917 ».
Mention : W.G. MacLaughlan, Archives de la Nouvelle-Écosse, no. 1988-34 no. 14 / négatif : N-137.

En ce jour en 1917 des trains de secours en provenance de la cote est ont pris la direction d’Halifax, Nouvelle-Écosse. Après que les lignes télégraphiques vers Halifax ont été coupées, le dernier message de Vincent Coleman a circulé de gare en gare le long de la côte Est. Ne sachant pas très bien ce qui s’était passé, mais craignant une catastrophe, les communautés se sont mobilisées pour envoyer des secours. Les trains réguliers ont été retirés des voies et la priorité a été accordée à tous les trains de secours disponibles, qui avaient déjà commencé à arriver des villes de l’est du Canada avant la fin de la journée du 6 décembre 1917. (Mac Donald, Curse of The Narrows – The Halifax Explosion 1917, p. 178).

Mention : Bibliothèque et Archives Canada / C-001833

Aux États-Unis, New York a envoyé son premier train dans les 24 heures qui ont suivi l’explosion, « rempli d’une vingtaine d’ingénieurs, de médecins et d’infirmières, d’outils d’une valeur de 15 000 $ et de 150 000 $ de bois, d’un millier de maisons mobiles et de 30 000 livres de pansements » (Mac Donald, Curse of The Narrows – The Halifax Explosion 1917, p. 168). Avant l’aube le 7 décembre, le train de secours Boston & Maine était déjà arrivé à McAdam, au Nouveau-Brunswick; « de la jonction de McAdam à Saint John (Nouveau-Brunswick), les plateformes étaient jalonnées de travailleurs à l’air grave qui tenaient des pelles, des outils de menuiserie et des trousses médicales dans l’espoir de se rendre à Halifax ». (Mac Donald, Curse of The Narrows – The Halifax Explosion 1917, p. 165).

Retardé par une tempête qui avait bloqué les voies ferrées, le Boston & Maine est finalement arrivé à Halifax dans la matinée du samedi 8 décembre 1917. Il transportait une lettre du gouverneur du Massachusetts adressée au maire d’Halifax. À la lecture de la lettre, C. A. Hayes, président des Chemins de fer nationaux du Canada, a versé des larmes (Mac Donald, Curse of The Narrows – The Halifax Explosion 1917, p. 178-179).

6 décembre 1917 – L’explosion d’Halifax

« Ruines du Army & Navy Brewery exploités par Halifax Breweries Limited à Turtle Grove, Dartmouth. »
Mention : Archives de la Nouvelle-Écosse / négatif: N-1271 (modifiée de l’orignale). Colorié par Canadian Colour.

La ville d’Halifax était un port grouillant d’activité pendant la Première Guerre mondiale, où transitaient des milliers de cargos et de transports de troupes chaque année. Le matin du 6 décembre 1917, le port était affairé comme à l’habitude, et deux navires s’apprêtaient à se croiser dans la partie la plus étroite du port, les Narrows, une section dangereuse entre le port et le bassin Bedford. Le SS Imo, navire belge de ravitaillement, avait été incapable de partir la veille avant la mise en place des filets anti-sous-marins fermant le port pour la nuit. Dans l’autre direction, le SS Mont Blanc, transport de munitions français, n’avait pas réussi à se rendre au port à temps. En ce matin du 6 décembre, les capitaines des deux navires se mettaient en route. Dans sa précipitation pour quitter le port achalandé, l’Imo s’est trouvé sur le trajet du Mont Blanc et n’a pas respecté la priorité de ce dernier, comme l’exige la réglementation maritime.

Lorsque les deux navires sont entrés en collision à la bouche des Narrows, la proue de l’Imo a transpercé le Mont Blanc. Conséquence plus grave, le choc a broyé quelques grains d’acide picrique sec, une matière extrêmement volatile. Peu de gens à quai étaient au courant de la cargaison explosive du Mont Blanc, qui transportait 5,85 millions de livres d’explosifs, notamment de l’acide picrique, du TNT, du fulmicoton et du benzène. Lorsque les grains libérés d’acide picrique ont été enflammés par le choc de la proue de l’Imo, les vapeurs denses s’échappant des barils de benzène sur le pont se sont embrasées, et ces flammes se sont propagées directement aux barils. Pendant ces quelques secondes, le destin du navire et d’Halifax s’est écrit. Craignant une explosion à tout moment, l’équipage du Mont Blanc a abandonné le navire et ramé frénétiquement vers le rivage, alors que pendant plus de 20 minutes, le navire dérivait dans les Narrows. Il s’est éventuellement arrêté sur le quai 6 du secteur industriel de Richmond, où une foule de curieux s’est réunie pour regarder l’incendie.

À 9 h 04:35, le Mont Blanc explosait dans une énorme boule de feu. Le fracas de la détonation a soufflé à 13 320 milles à l’heure, 23 fois la vitesse du son (Mac Donald, Curse of The Narrows – The Halifax Explosion 1917, p. 63). L’onde de choc a suivi, aplatissant des bâtiments instantanément tout en faisant voler des éclats de verre qui coupaient tout sur leur passage, causant de terribles blessures. Toute la coque du navire a été projetée dans les airs, virevoltant dans la boule de feu, pour être presque entièrement vaporisée (Mac Donald, Curse of The Narrows – The Halifax Explosion 1917, p. 62). Des fragments du navire ont percuté violemment les bâtiments et les gens qui se trouvaient dans le port et le chantier naval d’Halifax. La verge de l’ancre de 1 140 livres s’est envolée sur 3,78 km pour retomber à Armdale, tandis que le canon de 90 mm du navire atterrissait 2 km plus loin, dans le quartier Albro Lake de Dartmouth. L’explosion a également provoqué une énorme vague de 20 pieds qui s’est brisée sur les bâtiments, entraînant des gens dans la mer et décimant la communauté Mi’Kmaq de Tufts Cove.

« Vue nord-sud des dommages causés par l’explosion d’Halifax. »
Mention : Bibliothèque et Archives Canada / C-019944, article 5.

Au total, on croit que près de 2 000 personnes ont perdu la vie, beaucoup n’ont jamais été retrouvés et quelque 250 corps n’ont pas pu être identifiés. Les hôpitaux de la ville étaient débordés, avec de nombreuses personnes blessées aux yeux par des éclats de verre ou brûlées par les incendies qui faisaient rage dans la ville. Plus de 1 600 maisons ont été détruites et de nombreux secteurs d’Halifax et des communautés environnantes étaient devenus inhabitables. Plus de 6 000 personnes se retrouvaient à la rue, et avec peu d’espoir de pouvoir se loger pour l’hiver.

« Women walking from Africville towards Halifax, on Campbell Road near Hanover Street. »
Mention : « James & Son », Archives de la Nouvelle-Écosse, gracieuseté des Archives de la ville de Toronto (2451).

Des trains remplis de dons sont parvenus du Canada Atlantique et de l’est des États-Unis, et une aide financière de plus de 30 millions de dollars a été réunie pour reconstruire la ville. Ces fonds n’ont cependant pas atteint la communauté Mi’kmaq de Tufts Cove, ni l’établissement noir d’Africville sur le bassin Bedford, tous deux endommagés par l’explosion ou la vague qui a suivi. Les activités de restauration ont commencé presque immédiatement, afin de garder le port accessible aux navires en provenance ou à destination d’Europe. Malgré une enquête judiciaire et plusieurs poursuites civiles, personne n’a jamais été blâmé officiellement pour l’explosion.

Faits notables|

Patrick Vincent Coleman, répartiteur ferroviaire

Patrick Vincent Coleman était télégraphiste à la gare de Richmond le jour de l’explosion. Lui-même et le commis en chef William Lovett avaient été informés, on ne sait comment, du contenu du navire et du danger d’une explosion imminente. Coleman et Lovett ont réalisé qu’un train de passagers était attendu pour 8 h 55 et ils espéraient pouvoir le stopper. Lovett a réussi à rejoindre l’agent de terminus en amont et l’avertir du danger, après quoi les deux hommes ont quitté la gare. Toutefois, Coleman est retourné à son bureau et a continué d’envoyer des avertissements par télégraphe, qui ont atteint les gares le long de la ligne Truro, pour tenter d’arrêter tous les trains à destination d’Halifax. Il a été tué à son poste lorsque l’explosion est survenue à 9 h 05, et Lovett a aussi perdu la vie. Lorsque les lignes avec Halifax ont été soudainement coupées, le message de Coleman a été retransmis d’urgence d’une gare à l’autre, annonçant au monde extérieur que quelque chose de terrible venait de frapper Halifax (Mac Donald, Curse of The Narrows – The Halifax Explosion 1917, p. 103).

L’arbre de Noël du Boston Common

Lorsque la grippe espagnole a sévi en 1918, la Nouvelle-Écosse a envoyé une équipe de médecins à Boston, en témoignage de gratitude pour l’aide reçue du Massachusetts après l’explosion d’Halifax. En décembre 1918, cette reconnaissance a pris la forme d’un arbre de Noël, parti d’Halifax pour être installé dans le Boston Common. En 1971, cette tradition a été reprise et revient chaque année depuis, et les lumières de l’arbre sont allumées pour signaler le début des festivités de Noël à Boston. À Halifax, ce geste commémore solennellement les pertes subies en décembre 1917. (Mac Donald, Curse of The Narrows – The Halifax Explosion 1917, p. 273-274).

5 décembre 1917 – le port d’Halifax

« Halifax, N.S. from the Harbour. »
Mention : Canada. Ministère de l’Intérieur / Bibliothèque et Archives Canada / PA-047994.

En ce jour en 1917, le SS Imo, navire de ravitaillement à destination de la Belgique occupée, est retardé en s’approvisionnant en charbon dans le port d’Halifax. Pendant ce temps à l’entrée du port, le SS Mont-Blanc, navire de munitions français, est retenu par l’agent examinateur. Les filets anti-sous-marins qui traversent le port à l’île George sont fermés pendant la nuit, empêchant le trafic maritime dans les deux sens. Ainsi, l’Imo se retrouve enfermé à l’intérieur et le Mont-Blanc à l’extérieur. Il ne reste plus aux deux navires qu’à attendre que la nuit passe. Un inconvénient apparemment minime dont les conséquences s’avéreront désastreuses pour Halifax.

« Looking north from grain elevator towards Acadia Sugar Refinery showing the area later devastated by the 1917 Halifax Explosion. Circa 1900. »
Mention : Archives de la Nouvelle-Écosse / négatif: N-7014.

4-6 decembre 1917 – Finale de la Bataille de Cambrai

Construction du mémorial terre-neuvien à Masnières en 1925.
Crédit: « The Rooms ». « Thomas Blair Browning fonds. Fonds MG 24, Item B 20-132, 1925. »

« The story of the defence of Masnières and of the part which the Newfoundland Battalion played in it is one which, I trust, will never be forgotten on our side of the Atlantic. » – Field Marshal Sir Douglas Haig

Cette semaine marque le 100e anniversaire de la fin de la première bataille de Cambrai (20 novembre – 7 décembre 1917). Au terme de la bataille, les Anglais ont abandonné la plupart des terrains conquis le 20 novembre. Cette attaque dont le succès initial avait été célébré par toutes les cloches des églises en Angleterre se terminait par un repli général. La pilule est amère.

Exhumation des corps des Terre-Neuviens Lieutenant Walter Green et Second Lieutenant James Tobin, dont nous avons partagé l’épitaphe le 22 novembre.
Crédit: « The Rooms ». « Gerald Joseph Whitty collection. Collection VA 157, Item VA 157-20, [after 20 Nov. 1917]. »
La bataille de Cambrai a eu un impact important sur le Régiment de Terre-Neuve, au point que les Terre-Neuviens ont érigé l’un de leurs six mémoriaux couronnés d’un caribou à Masnières. Au total, 110 hommes ont perdu la vie et 352 ont été blessés au cours de l’attaque et de la défense subséquente au cours de l’offensive de Cambrai. Deux semaines après la bataille, le roi George V a ajouté la dénomination « Royal » au Régiment de Terre-Neuve, honneur décerné trois fois seulement pendant que la Grande-Bretagne était encore en guerre (Nicholson, The Fighting Newfoundlander, p. 423).

 

3 decembre 1917
Une action centenaire

« About 8 kilometres beyond the Hindenburg Line, where the Royal Newfoundland Regiment made such a gallant stand against the German counter attack on November 30th., 1917. »
Crédit: The Rooms. « The Canal at Marcoing », Séries , Item VA 36-38.7.

En ce jour en 1917, les Allemands ont renouvelé leur contre-attaque devant Cambrai. Tenant le coup à Marcoing depuis le 30 novembre, les Terre-neuviens subissent de terribles tirs d’obus. Des sections entières de la tranchée sont écrasées et les hommes sont projetés à l’extérieur de leurs postes par les explosions (Nicholson, The Fighting Newfoundlander, p. 422). Refusant de perdre du terrain face à l’ennemi, le sergent Leo Fitzpatrick, de Conche, Terre-Neuve, s’est mérité la Médaille de conduite distinguée.

Sergent Leo Joseph Fitzpatrick, DCM, MM.
Crédit: Dennis Ruhl, « Great Canadian War Project », 2012.

Ayant déjà reçu la Médaille militaire huit semaines plus tôt durant la bataille de Poelcappelle, Fitzpatrick s’est porté volontaire pour diriger une escouade afin de reprendre une section perdue de la tranchée. Durant l’action qui a suivi, il a sauvé un officier qui avait été blessé et laissé derrière, il a battu en retraite et il est ensuite retourné avec des grenades pour faire sortir l’ennemi de la tranchée (Nicholson, The Fighting Newfoundlander, p. 422).

Même s’il avait été repoussé jusqu’au côté ouest de l’écluse le long du canal, le régiment de Terre-Neuve a réussi à tenir le coup à Marcoing pour la journée. Pour leurs actions, la Médaille militaire a été remise à de nombreux soldats, dont trois brancardiers – les soldats William Fowlow, Hubert Dibben et John Hennebury (Nicholson, The Fighting Newfoundlander, p. 422). Pour leur bravoure ce jour-là, le régiment terre-neuvien a perdu un officier et soixante-dix autres soldats ont été tués, blessés ou emprisonnés.

Le jour suivant, le 4 décembre 1917, le général Byng a ordonné un retrait général des unités de soutien à la ligne Hindenburg, établissant ce qui a été considéré comme une ligne plus forte pour l’hiver, malgré la perte des nombreux objectifs durement atteints de l’attaque à Cambrai (Nicholson, The Fighting Newfoundlander, p. 423). Pour les Terre-neuviens qui avaient été libérés la nuit du 3 décembre, il aurait été difficile de physiquement voir le retrait de Marcoing et Masnières.

“A British tank of “F” Battalion after it had crashed into St Quentin Canal destroying the vital bridge at Masnieres. Field Marshal Haig’s Cambrai Despatch gave the collapsed bridge at Masnieres as the reason for the cavalry’s failure to cross the canal in sufficient strength.”
© IWM (Q 568296

 

30 novembre 1917
Une action centenaire

« About 8 kilometres beyond the Hindenburg Line, where the Royal Newfoundland Regiment made such a gallant stand against the German counter attack on November 30th., 1917. »
Crédit: The Rooms. « The Canal at Marcoing », Séries , Item VA 36-38.7.

En ce jour en 1917, après avoir massé leurs troupes, les Allemands ripostent contre l’offensive à Cambrai. À un moment donné sur la ligne, quatre divisions britanniques font face à neuf divisions allemandes. Frappant fort en provenance de l’est, les Allemands ont l’intention de foncer sur le flanc britannique et d’ensuite se diriger vers le nord, nettoyant entièrement la saillie. Pris par surprise, le régiment terre-neuvien fonce vers l’avant alors que des combats désespérés éclatent le long de la ligne.

Avec seulement une nuit de repos, le matin du 30 novembre, le régiment de Terre-Neuve est envoyé pour relayer une unité à Masnières. Pris dans le barrage d’ouverture avant la contre-attaque des Allemands, les compagnies terre-neuviènes se dirigent vers l’avant une à une, chargées de se faire un chemin jusqu’au point de rassemblement.

Approchant du taillis de Marcoing, s’attendant à rencontrer les unités alliées de la 88e brigade, les Terre-neuviens sont plutôt tombés sur les Allemands qui s’avançaient. Leur riposte en chargeant cause une mêlée sauvage de tirs de baïonnettes et les Terre-neuviens font reculer progressivement l’avance allemande vers le sud, à l’aide des autres unités de la 88e brigade. Au beau milieu de toute cette activité, le capitaine J. K. McConnell, major de brigade, galope de long en large le long de la ligne, chevauchant à cru sa monture, dirigeant la défense (Nicholson, The Fighting Newfoundlander, p. 420). À la fin de la journée du 30 novembre, la 88e a repoussé l’ennemi de presque un mile. Les Terre-neuviens sont toutefois lourdement touchés, ayant perdu un officier et 130 autres soldats.

Le jour suivant est marqué par des tirs de mitrailleuses ennemies et des tirs d’embuscade alors que les forces du Commonwealth se cantonnent désespérément dans leurs positions précaires le long du canal St-Quentin. La situation est sauvée pour l’instant, mais moins de vingt-quatre heures plus tard, une autre contre-attaque allemande redéclenche la crise.

« Car used by a British official camera team evacuating refugees from Masnieres during the German counter-attack in the Cambrai sector, November 1917. »
© IWM (Q 3203)

John Shiwak, « Inuk War Hero »

Crédit: Operation Picture Me, Anciens Combattants Canada, Mémorial virtuel de guerre du Canada 2017.

Parmi les nombreuses pertes de vie au sein du régiment de Terre-Neuve durant l’attaque sur Cambrai se trouvait leur principal tireur d’élite, le caporal suppléant John Shiwak. Inuit du Labrador, Shiwak a été tué avec neuf autres Terre-Neuviens par un obus isolé alors que le régiment se déplaçait dans les effectifs de réserve en fin de journée le 20 novembre 1917.

Avant la guerre, Shiwak avait rencontré un rédacteur avec qui il s’était lié d’amitié, William Lacey Amy, et qui l’avait persuadé de tenir un journal. Dans une dernière lettre à Lacey avant son décès, Shiwak avait écrit qu’il avait hâte de rentrer chez lui et de rejoindre sa famille et la communauté des chasseurs : « Il n’y aura pas d’autres lettres avant que la glace se brise », écrit-il (Nicholson, The Fighting Newfoundlander, p. 416).

En hommage à Shiwak après son décès, Lacey a écrit :

« He had earned his long rest… Out there in lonesome Snipers’ Land he lay, day after day; and the cunning that made him a hunter of fox, and marten, and otter, and bear, and wolf brought to him better game. And all he ever asked was: « When will the war be over? » Only then would he return to his huskies and traps where few men dare a life of ice for a living almost as cold. John Shiwak – Eskimo – patriot. »

(Nicholson, The Fighting Newfoundlander, p. 416-417).

http://www.cbc.ca/news/indigenous/john-shiwak-inuk-war-hero-1.4391762

Bataille de Cambrai
Une action centenaire

En ce jour en 1917, le Royal Newfoundland Regiment et la Brigade de cavalerie canadienne prennent part au lancement de l’importante offensive du Commonwealth à Cambrai. Nommée « La grande expérience », l’attaque renonce au bombardement d’artillerie typique et s’appuie plutôt sur de l’arpentage avancé et sur la télémétrie pour lancer un agressif et inattendu barrage au moment de l’attaque. Au sein de l’opération se trouvent 300 chars d’assaut, suivis par l’infanterie, qui déploie des tactiques agressives de tir et de mouvement. La prochaine grande attaque sur le front occidental est désormais en cours.

« La grande expérience »

Lancés tôt le matin, l’artillerie massive, les mitrailleuses et les chars d’assaut ont rapidement submergé les positions de première ligne allemandes. Placé dans une deuxième vague, le Newfoundland Regiment a avancé avec les autres unités de la 88e unité. Pendant ce temps, la Brigade canadienne de cavalerie  (BCC) attendait la chance d’attaquer sur le terrain ouvert qui allait être dégagé par l’infanterie.

« British Mark IV Female and Male Tanks of ‘C’ Battalion, including ‘Crusty’ and ‘Centaur II’ loaded aboard a train at Plateau Station in preparation for movement to the forward area prior to the opening of the Battle of Cambrai. » © IWM Q 46941

À l’origine, Cambrai a été un énorme succès. L’armée britannique a gagné plus de terrain en une seule journée que durant toute la campagne de Passchendaele, et tout semblait bien se dérouler jusqu’à la première contrattaque allemande. Malheureusement, le BCC a été coincé jusqu’à la moitié de l’après-midi du 20 novembre, attendant la construction d’un pont improvisé pour permettre le passage de ses chevaux, et la troisième armée n’avait presque plus de réserves. Cette faiblesse a commencé à paraître alors que la bataille s’est mise à traîner en longueur, et le 29 novembre, la contrattaque allemande anticipée a repoussé la troisième armée, épuisée, en direction de son point de départ. Le 4 décembre, Byng s’est retiré dans une position le long de la ligne Hindenburg, où l’armée devait attendre la fin de l’hiver.

Les pertes furent lourdes autant pour le Newfoundland Regiment que pour la Brigade canadienne de cavalerie. Les pertes totales pour la troisième armée se sont élevées à 40 000 morts, blessés et disparus. Au moment de la nuit du 29 novembre, il ne restait au Newfoundland Regiment que 8 officiers et 230 autres soldats de différents rangs.

Personnages célèbres

Le caporal John Shiwak était un Inuk de Rigolet, au Labrador, et l’un des tireurs d’élite du Newfoundland Regiment. Il a été tué le 20 novembre 1917 par un obus allemand qui a tué neuf autres hommes. Shiwak correspondait avec le journaliste William Lacey Amy, qui l’avait encouragé à tenir un journal intime pendant qu’il était au front.

Le Lieutenant Harcus Strachan, Croix de Victoria, Croix militaire, a servi  au sein du Fort Garry Horse et a reçu la Croix de Victoria après avoir mené l’escadron « B » au travers des lignes ennemies lorsque leur capitaine a été tué, éliminant une batterie de canons de campagne ennemie et plusieurs groupes d’infanterie en chemin. Strachan a survécu à la guerre et est retourné en Alberta, où il a vécu jusqu’à sa mort en 1982.

Capitaine Grant Paterson, Croix militaire et agrafe
Sergent-major de compagnie Albert Janes, Médaille de conduite distinguée
Sergent Albert Davis, Médaille de conduite distinguée
Sergent quartier-maître de compagnie Ernest Cheeseman, Médaille militaire
Capitaine Bertram Butler, Ordre de service distingué, Croix militaire
Lieutenant Harcus Strachan, Croix de Victoria, Croix militaire

20 novembre 1917 – Croix de Victoria à Cambrai
Une action centenaire

© IWM Q 6300

En ce jour en 1917, les membres du Royal Newfoundland Regiment et de la Brigade de cavalerie canadienne se sont distingués durant l’attaque sur Cambrai. Parmi les Terre-Neuviens, deux se sont mérité la Médaille de conduite distinguée, un autre a reçu la Médaille militaire, un quatrième a pu ajouter une agrafe à sa Croix militaire, et un cinquième a été décoré de l’Ordre du service distingué. Le lieutenant Harcus Strachan du Fort Garry Horse de la Brigade de cavalerie canadienne a reçu une autre Croix de Victoria pour le Canada.

Les Terre-Neuviens se sont joints à l’attaque sur Cambrai de la 3e Armée britannique deux heures et demie après son début, formant le flanc gauche de la formation en losange de la 88e brigade, qui était menée par quatre chars d’assaut. Au départ, l’avancée a eu lieu de façon presque calme dans des champs intacts couverts d’herbe à hauteur des genoux, les chardons et les orties remplaçant la boue et les trous d’obus habituels (Nicholson, The Fighting Newfoundlander, p. 411). Les quelques ennemis qui avaient survécu la première vague d’attaques ont été rapidement vaincus.

Les Terre-Neuviens ont continué d’avancer, aidant leurs unités de flanc à capturer une batterie de canons de campagne, causant malheureusement la perte des quatre chars de soutien. Atteignant la ligne Marcoing, ils ont lancé leur assaut sur l’écluse de St-Quentin, aux abords ouest de Masnières. 

Capitaine Grant Paterson, Croix militaire et agrafe
Sergent-major de compagnie Albert Janes, Médaille de conduite distinguée
Sergent Albert Davis, Médaille de conduite distinguée
Sergent quartier-maître de compagnie Ernest Cheeseman, Médaille militaire

De nombreux postes de mitrailleuse et de tireurs d’élite dans les maisons le long de la berge du canal défendaient l’écluse. Lorsqu’est arrivé un char britannique s’étant aventuré vers cet endroit provenant du côté de Masnières, les canons de six livres en porte-à-faux ont rapidement été utilisés contre les défenseurs allemands. Alors que l’ennemi battait en retraite, le capitaine Grant Paterson a mené un petit groupe contre la passerelle à côté de l’écluse, gagnant l’autre rive et protégeant la passerelle ainsi que l’écluse. Pour ses actions, le capitaine Grant Paterson a reçu une agrafe pour sa Croix militaire.

Trois autres hommes ont reçu des honneurs pour leurs actions durant la bataille à la passerelle et à l’écluse. Le sergent-major de compagnie Albert Janes a été l’un des premiers à traverser de l’autre côté, recevant la Médaille de conduite distinguée. Le sergent Albert Davis a aussi reçu la Médaille de conduite distinguée pour avoir continué d’avancer avec sa compagnie en courant seul à l’avant et tuant deux tireurs d’élite (Nicholson, The Fighting Newfoundlander, p. 414). Finalement, le sergent quartier-maître de compagnie Ernest Cheeseman a reçu la Médaille militaire pour son leadership courageux durant la bataille de la passerelle.

Capitaine Bertram Butler, Ordre de service distingué, Croix militaire

Une fois de l’autre côté, les Terre-Neuviens se sont préparés à passer de l’abri procuré par un bâtiment aux rails de chemins de fer, à 60 verges d’où ils se trouvaient. Plusieurs tentatives ont été interrompues par de lourds tirs de mitrailleuses et il y a eu de nombreuses victimes avant que le capitaine Butler, CM, rallie ses hommes et se lance vers l’avant, suivi par les Terre-Neuviens et leurs encouragements (Nicholson, The Fighting Newfoundlander, p. 413). La position ennemie a été éliminée et Butler, maintenant blessé, a reçu l’Ordre du service distingué pour ses actions.

« Some of the 43 of the Fort Garry Horse who charged the Boche guns at Cambrai. »
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale / Bibliothèque et Archives Canada / PA-002283.

Lieutenant Harcus Strachan, Croix de Victoria, Croix militaire

Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale / Bibliothèque et Archives Canada / PA-006699.

À l’est de Masnières, le Hampshire Regiment et le Worcestershire Regiment de la 88e brigade avaient atteint l’autre côté du canal St-Quentin, et les Worcesters faisaient alors des avancées sur la ville en provenance de l’est, tandis que les Terre-Neuviens arrivaient de l’ouest. Le résultat de l’attaque sur Masnières était toujours incertain lorsque la Brigade de cavalerie canadienne a reçu des rapports erronés indiquant que la 88e brigade avait capturé tous ses objectifs de l’autre côté du canal. Voyant la possibilité que la cavalerie puisse y aller, le brigadier-général J. E. B. Seely a ordonné au Fort Garry Horse (FGH) de traverser le canal.

Après avoir galopé vers une crête surplombant Masnières, l’escadron B ne pouvait plus répondre à la commande de faire demi-tour et a dû affronter l’ennemi seul. Les commandes initiales consistaient à capturer les quartiers généraux ennemis et à aller de l’avant pour traverser un autre canal. Le capitaine Campbell a été tué peu de temps après alors qu’il menait une attaque dans une ouverture des clôtures ennemies; le lieutenant Harcus Strachan a alors pris les commandes. L’escadron B s’est rapidement trouvé face à face avec un bataillon d’artillerie ennemie et il a pris les armes, éliminant le bataillon en entier. Ayant vu l’infanterie ennemie au loin, Strachan a fait tourner ses hommes pour l’attaquer aussi, ce qui a malheureusement causé la perte de plusieurs de ses hommes sous de lourds tirs de mitrailleuse.

L’escadron B, à plus de trois kilomètres des lignes ennemies et à l’abri sur un chemin enfoncé, n’avais plus qu’à attendre le reste de la Brigade de cavalerie canadienne qui, il ne le savait pas, n’allait plus venir. Alors qu’il prenait abris, l’escadron a trouvé et coupé trois lignes téléphoniques ennemies. Alors que l’obscurité s’installe, avec seulement 43 hommes et l’ennemi refermant l’étau de trois côtés, Strachan a foulé les chevaux qui restaient pour attirer l’attention de l’ennemi, pendant que les hommes marchaient pour atteindre des lignes alliées. Toujours insatisfait de ce qui avait été accompli cette journée-là, ils ont attaqué de nombreux ennemis à la baïonnette, revenant plus tard dans les lignes du Newfoundland Regiment aux petites heures du matin le 21 novembre avec pas moins que 15 prisonniers.

Pour ses actions et son leadership à Cambrai, le lieutenant Harcus Strachan a reçu la Croix de Victoria. Il possédait déjà une Croix militaire pour ses actions à St-Quentin en mai 1917.

Harcus Strachan est né en Écosse et a immigré au Canada en 1908. Il s’est enrôlé en 1915. Strachan est retourné au Canada après la guerre et il est décédé à Vancouver, en Colombie-Britannique, en 1982.

« 38 N.C.O.s and Men of Fort Garry Horse who took part in famous charge. December, 1917. »
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale / Bibliothèque et Archives Canada / PA-002517.