Corporal Filip Konowal, V.C. 
Une action centenaire

Filip Konowal, à Londres, avant de recevoir sa Croix de Victoria.
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-006732.

22-24 août 1917

Filip Konowal photographié à Londres après avoir reçu la Croix de Victoria.
© IWM (Q 69170)

Filip Konowal a immigré au Canada, en provenance de la Sibérie, en 1913. Né dans ce qui est aujourd’hui l’Ukraine, Konowal avait servi comme instructeur de combat à la main et à la baïonnette dans l’armée impériale russe avant de travailler comme bûcheron dans une compagnie d’exploitation du bois en Sibérie. En 1916, il s’est enrôlé dans le 77e Bataillon (Ottawa), mais une fois outre-mer, il a été transféré dans le 47e Bataillon  (Colombie-Britannique).   

Durant les batailles de la côte 70 et de Lens, Konowal a servi au sein d’un groupe de ratissage, avançant derrière la première vague, se débarrassant des pochettes de résistance ennemie encore présentes. À plusieurs occasions, Konowal est descendu seul dans les sous-sols et les caves sombres qui avaient été convertis en postes de mitrailleuses, attaquant des équipages ennemis entiers avec des massues et des baïonnettes, émergeant chaque fois sans une seule égratignure. À un certain moment, il a foncé sur un groupe de sept soldats qui se déplaçaient à vue, les abattant tous (Bureau canadien des registres de guerre, Thirty Canadian V.Cs., p.60). Durant l’une de ses dernières actions, il a pénétré dans un tunnel près de Fosse 4, lançant deux charges d’ammonium sur une garnison avant de foncer sur elle avec une baïonnette, et éliminant le poste entier (Bureau canadien des registres de guerre, Thirty Canadian V.Cs., p.60). Le corporal Konowal a peu après été grièvement blessé par un coup de feu au cou et à la figure. Il a été évacué, a récupéré et a même servi au sein du Corps expéditionnaire canadien en Sibérie plus tard durant la guerre. 

Cependant, tout comme cela fut le cas pour un autre récipiendaire de la Croix de Victoria, le soldat Michael O’Rourke, la vie du corporal Filip Konowal après la guerre a été marquée par la tragédie. Le jour après avoir mené la Parade de la paix des vétérans au travers des rues du centre-ville d’Ottawa, le 19 juillet 1919, Konowal allait être accusé du meurtre au couteau de William (Vasyl) Artich à Hull, au Québec. L’ami de Konowal, Leonti Diedek, avait été attaqué par Artich, et Konowal a porté secours à Diedek. Durant la lutte qui s’en est suivie, durant laquelle Artich a frappé Konowal sur le crâne et a ensuite coupé et poignardé son bras, Konowal a pris le contrôle du couteau, frappant Artich une seule fois, droit au cœur. Lorsque la police est arrivée, Konowal se tenait calmement sur la scène du crime et a affirmé de façon stoïque: « J’en ai tué 52 (à la guerre), c’est le 53» (Sorobey, “FilipKonowal, VC: The Rebirth of a Canadian Hero, Canadian Military History, Vol. 5: Iss. 2, Article 6).  

Un plus vieux Filip Konowal, photographié après la guerre. Les cicatrices et les traumatismes de ses blessures sont devenus plus évidents alors qu’il a pris de l’âge.
Crédit: Vladimir J. Kaye/Bibliothèque et Archives Canada/C-010023.

Mis au banc des accusés, Konowal a reçu un soutien inébranlable de la part de l’Association des vétérans de la Grande Guerre (un précurseur à la Légion royale canadienne), et des fonds ont été amassés pour assurer sa défense. Il a été déterminé que les blessures et traumatismes soufferts par Konowal durant la guerre avaient causé du dommage à son cerveau, donnant lieu à des hallucinations et des sautes d’humeur dramatiques. (Parfois, il croyait qu’il était encore à la côte 70, et les étrangers étaient des ennemis attaquant ses hommes) Reconnu comme n’étant pas criminellement responsable du meurtre, Konowal a été admis à l’hôpital Satin Jean de Dieu de Montréal (maintenant nommé Institut universitaire  en santé mentale de Montréal) le 27 avril 1921. 

Approximativement sept ans plus tard, après un traitement progressif et un rétablissement stupéfiant, Konowal a été relâché. Trouver un emploi tout comme le monde glissait dans la Grande Dépression était particulièrement difficile, mais grâce à un heureux hasard, Konowal a trouvé un poste au sein du personnel d’entretien des édifices du parlement. Lors d’une autre rencontre fortuite, William Lyon Mackenzie King, le premier ministre de l’époque, a remarqué les rubans de médailles épinglés à l’uniforme d’entretien de Konowal, incluant le ruban cramoisi de la Croix de Victoria. À partir de ce moment, Konowal fut assigné comme concierge personnel et messager de la chambre no.16, soit le bureau du premier ministre sur la Colline du Parlement. 

Plusieurs années plus tard, des groupes de vétérans et des branches de la Légion royale canadienne allaient être nommés en l’honneur de Filip Konowal, et plusieurs plaques allaient être érigées à travers le pays. Des fonds allaient aussi être recueillis afin de l’aider à aller en Angleterre pour rencontrer la famille royale lors du centenaire de la création de la Croix de Victoria. Plus récemment, la ville natale de Konowal en Ukraine, Kutkivtsi (Kudkiv), a dévoilé un grand mémorial de pierre et de bronze à son nom; la ville de Lens, en France, a dévoilé une plaque et un bas-relief; et le nouveau mémorial de la côte 70, dévoilé en avril 2017, inclut un chemin nommé « chemin Konowal ». Il semblerait aussi que, malgré qu’il ait cru qu’elles avaient été tuées lors des purges de Stalin, la femme et la fille de Konowal avaient en effet survécu, et que ses petits-enfants seraient encore vivants aujourd’hui à Kutkivtsi (Kudkiv), en Ukraine.  

Filip Konowal, décédé le 3 juin 1959, est enterré au cimetière Notre-Dame-de-Lourdes à Ottawa, en Ontario.  

La citation officielle pour la médaille de Filip Konowal, alors caporal, V.C (deuxième à partir du bas, colonne de gauche).
Crédit: The London Gazette, date de publication:  23 novembre 1917, supplément:  30400, page: 12329.

Pour une histoire plus complète de la vie du corporal Filip Konowal, V.C., consultez: Sorobey, Ron (1996), “FilipKonowal, VC: The Rebirth of a Canadian Hero,Canadian Military History: Vol. 5 : Iss. 2 , Article 6.  Disponible au: http://scholars.wlu.ca/cmh/vol5/iss2/6 

Note de l’éditeur – Il existe quelques contradictions au sujet des dates durant lesquelles les actions qui ont mené à la Croix de Victoria de Konowal ont eu lieu. Plusieurs sources affirment que cela s’est déroulé sur une période de deux jours, du 22 au 24 août 1917. Cependant, son rapport de service indique que Konowal aurait été sérieusement blessé le 21 août 1917 et admis à l’hôpital. Il est clair que Konowal a été gravement blessé à un certain moment durant la bataille, mais si ses actions ont eu lieu durant le ratissage de l’attaque de Lens, alors les dates du 22 au 24 août 1917 sont plus plausibles. L’attaque de Lens n’a pas débuté avant les petites heures du matin le 21 août 1917. Toutefois, dans le brouillard du combat dans les tranchées, il est possible que Konowal se soit trouvé à se battre la journée avant que l’attaque de Lens ne commence officiellement, et cela pourrait avoir été pris en considération dans la « période de deux jours ».