Mémorial National Du Canada À Vimy

Après la guerre, les Canadiens souhaitent se doter d’un symbole physique de leur deuil — une expression concrète du souvenir. L’opinion publique et les organisations d’anciens combattants font pression sur les gouvernements du Canada d’après-guerre pour qu’ils soulignent les sacrifices des soldats. Différents monuments sont élevés au Canada et le gouvernement canadien met sur pied, en 1920, le Comité des monuments commémoratifs canadiens érigés sur des champs de bataille, responsable de décider de la manière de rendre hommage aux soldats canadiens morts pendant la Grande Guerre et de choisir les projets qui seront mis en œuvre sur les huit sites européens offerts au Canada par la Commonwealth War Graves Commission.

Après un concours public et l’examen de plus de 160 propositions, le Comité retient deux conceptions, l’une de Walter Allward, l’autre de Frederick Chapman Clemesha. Mais les débats se poursuivent pour savoir où ériger le monument national de commémoration de la guerre. En 1922, après avoir présenté ses arguments au premier ministre Mackenzie King, le Comité soutient l’idée d’ériger le monument de Walter Allward sur la crête de Vimy. Après des négociations, le gouvernement français offre la terre entourant la crête de Vimy au Canada en décembre 1922 pour le remercier d’avoir défendu la France pendant la Première Guerre mondiale.

(La deuxième conception retenue — « le Soldat en méditation » — est érigée en Belgique, près d’Ypres, pour rendre hommage aux Canadiens qui ont succombé aux premières attaques au gaz de la guerre. Dévoilé en 1923, le Soldat en méditation est considéré en général comme l’un des monuments commémoratifs du front occidental les plus frappants.)

Dix mille (10 000) verges de terre jonchée d’obus et de grenades non explosés, d’armes et de fils barbelés rouillés doivent être enlevées à la main pour préparer la construction de la base du monument. D’autres vestiges de la guerre, des casemates et des tunnels, lorsqu’ils sont découverts, doivent être vidés des munitions explosives qui étaient souvent entreposées dans ces abris, et remplis de craie mouillée ou de béton. Il est primordial de trouver ces abris souterrains cachés sous la base du monument qui devra soutenir un monument pesant au total plus de 50 000 tonnes.

Le monument doit être construit en marbre provenant d’une ancienne carrière romaine, à Seget, en Croatie. Allward désire du marbre blanc, mais il s’inquiète pour sa durabilité sous le climat du nord de la France. Découvrant que le Palais de Dioclétien, à Split, en Croatie, est toujours debout et beau, Allward décide d’utiliser cette pierre.

Mais l’extraction de grandes dalles de pierre et leur transport dans un endroit éloigné compliquent le projet et le premier chargement de la pierre calcaire de Seget sélectionnée par Allward arrive en France en 1927 seulement. Afin d’occuper ses ouvriers, dont un grand nombre sont d’anciens combattants français et britanniques, le major Unwin Simson, ingénieur de l’armée canadienne, décide de préserver une section des tranchées qui se détériorent lentement depuis 1918. Les ouvriers renforcent les lignes allemandes et canadiennes près du groupe de cratères de la Grange en remplissant des sacs de sable de béton et en consolidant les murs des abris. Une partie du passage souterrain de la Grange est également excavée, une entrée est coulée en béton et un éclairage électrique est installé. La possibilité de visiter aujourd’hui ces réseaux de tranchées et de tunnels au Mémorial de Vimy est principalement attribuable aux efforts du major Simson.

La construction du monument commencée en 1925 durera 11 ans et coûtera 1,5 million de dollars.

Le monument est érigé au point le plus élevé de la crête, appelé pendant la bataille de Vimy la côte 145.

Les deux colonnes hautes représentent le Canada et la France et l’amitié qui les unit. Les piliers et la base horizontale forment également la moitié supérieure d’une croix. Le monument est orné de 20 figures allégoriques qui représentent des valeurs telles que l’honneur, la justice et la paix. Les deux figures les plus élevées sont les allégories de la justice et de la paix. Une figure féminine, qui se tient seule au-dessus des pentes de la crête, est connue sous le nom de « Le Canada pleurant ses fils disparus » ou « Le Canada en deuil ». Cette figure est sculptée à même un bloc de pierre de 30 tonnes. Sur la base du monument sont gravés les noms de 11 285 Canadiens morts en France et dont le lieu de sépulture est inconnu.

La conception du monument, conforme à celle des monuments commémoratifs de la Première Guerre mondiale en général, a marqué le début d’un changement important par rapport aux monuments des guerres précédentes. Comme Jacqueline Hucker et Julian Smith le soulignent dans Vimy : Canada’s Memorial to a Generation, « les grandes structures ont été érigées à titre de monuments commémoratifs plutôt que de monuments de la victoire et ont mis l’accent sur la perte de vies et les sacrifices consentis pour le pays plutôt que sur les réalisations militaires. Certains monuments évoquaient également la souffrance des personnes endeuillées dans les années mélancoliques de l’après-guerre. » (p. 25)

Le 26 juillet 1936, le Mémorial de Vimy est prêt pour son dévoilement. Les pèlerins de Vimy arrivent tôt sur le site, explorent longuement le champ de bataille dont Will R. Bird leur a parlé en 1931, en particulier les tunnels et les tranchées préservés fortuitement par le major Unwin Simson des ingénieurs canadiens. Lorsque les cérémonies officielles commencent, les pèlerins entrent dans les rangs comme pour défiler. Plus de 100 000 personnes sont rassemblées autour du Mémorial de Vimy. Pendant que le roi Édouard VIII se mêle à la foule d’anciens combattants, les escadrons des forces aériennes britanniques et françaises survolent le monument et plongent en signe d’hommage.

Le roi prononce un court discours en anglais et en français, avant de tirer le cordon de l’Union Jack qui dissimule le Canada en deuil, dévoilant officiellement le Mémorial de Vimy. La Dernière sonnerie se fait entendre, suivie de deux minutes de silence et du Réveil. Dans la vallée qui conduit à la plaine de Douai, l’artillerie tire les 21 coups de canons du Salut, qui résonnent partout sur l’ancien champ de bataille. Au Canada, la Commission canadienne de la radiodiffusion retransmet en direct l’ensemble de la cérémonie. Pour entendre le discours du roi Édouard VIII, cliquez sur le lien suivant : http://www.cbc.ca/archives/entry/1936-vimy-ridge-memorial-unveiled

Le premier pèlerinage à Vimy est soutenu par le gouvernement qui renonce aux frais de passeport et délivre même des passeports spéciaux pour le pèlerinage à Vimy. La Légion canadienne coordonne également l’hébergement et le transport des pèlerins. Le voyage au complet coûte 160 $ par personne à l’époque, soit l’équivalent de près de 3 000 $ aujourd’hui.

En 1940, dans la France occupée par les nazis, Adolf Hitler visite le site. Malgré certaines craintes qu’il soit détruit, le monument a été épargné par les forces d’occupation,

Au début des années 2000, en prévision du 90e anniversaire de la bataille de Vimy, le Mémorial a fait l’objet d’importants travaux de restauration; le site restauré a été dévoilé en 2007 par la reine Elizabeth II. Les commémorations du centenaire de la bataille de Vimy en avril 2017 se sont déroulées sur le site du Mémorial.