L’émeute des Etaples de septembre 1917

« Troupes faisant un exercice de baïonnette et séance de conditionnement physique au fameux camp « Bull Ring » sur les dunes entre Étaples et Camiers. »
© IWM (Q 33326)

Alors que le Corps expéditionnaire canadien se déplaçait vers Passchendaele en octobre, d’une franche victoire est devenue d’une importance primordiale. Au milieu du mois de septembre 1917, des émeutes ont éclaté dans les dépôts de renforcement le long de la côte française, indiquant le mécontentement grandissant au sein des forces du Commonwealth. Ces émeutes suivaient bien évidemment les massives mutineries qui ont eu lieu dans l’armée française durant l’été de 1917.

À Étaples, où se trouve la plus grande unité d’infanterie à l’étranger, de nouvelles recrues, des blessés en convalescence et des anciens combattants ont été réunis pour de la formation visant à les préparer à retourner au front (Dallas, Gill, The Unknown Army, p. 64). Le terrain d’entraînement, que l’on appelait le « Bull Ring » (l’arène), était tout simplement considéré comme un enfer (Dallas, Gill, The Unknown Army, p. 64-66). En fait, des hommes encore blessés regagnaient le front dans le seul but de pouvoir quitter le Bull Ring (Dallas, Gill, The Unknown Army, p. 65).

Le 9 septembre 1917, les tensions au sein du camp d’Étaples ont débordé. Parce qu’ils avaient été poussés à leurs limites par une discipline très rigoureuse, des régimes d’entraînement horribles et une mauvaise alimentation, les troupes et les « Red Caps » (police militaire) ont subi une altercation qui s’est avérée l’étincelle qui a mis le feu aux poudres. Lorsque des coups de feu ont été tirés par la police militaire, le camp a explosé et les ponts et les piquets menant à Étaples ont été envahis par des foules composées de centaines de personnes.

© IWM (Q 33328)

Victor Wheeler, signaleur au sein du 50e bataillon (Calgary), se trouvait à Étaples en convalescence lorsqu’il dû faire partie d’une patrouille anti-émeutes. Il a décrit la scène comme suit :

« J’ai sorti un fusil et des munitions et, à 19 h, avec plusieurs autres hommes sur la ligne de front, je me suis précipité à Étaples… Portant des brassards blanc spéciaux de la police, nous avons patrouillé les rues, en petits groupes serrés, jusqu’à minuit. Comme une crue soudaine, des centaines de soldats sont débarqués en ville et se sont joints à la mêlée. Les émeutiers ont causé tout un désordre… un membre des « Red Caps » a été tiré et trois appelés ont été blessés : un appelé a été tiré à mort lorsqu’il a attaqué plusieurs membres de la police militaire… On a immédiatement ressenti l’atmosphère explosive de la situation lorsque la patrouille a commencé. Le fait de se tenir aux aguets de tout mouvement suspect et de tout bruit étrange – se retenant pour ne pas réagir à la façon sauvage dont les soldats au front ont défendu un allié canadien contre l’ennemi – m’a laissé complètement épuisé. » (Wheeler, The 50th Battalion In No Man’s Land, p. 151).

Les épisodes d’émeutes et de crises au sein du camp ont duré tout au long de la semaine à Étaples. Les émeutes de septembre 1917 à Étaples n’allaient pas être les dernières du genre. Ces « événements » (tels qu’ils étaient classés par les militaires) ont continué de se produire jusqu’à la fin de la guerre, et tout particulièrement après l’armistice durant les longues périodes de démobilisation. Les Canadians tout particulièrement ont été impliqués dans des cas très connus qui ont menacé de ternir la réputation du Corps expéditionnaire canadien.

Ces cas seront expliqués en détail dans de futurs articles pour le centième anniversaire.