Le 12 mars – La photographie pendant la Première Guerre mondiale
La série des conférences du centenaire de la Première Guerre mondiale

Le 12 mars 2019, Carla-Jean Stokes, historienne et conservatrice, et Mark Truelove, coloriste numérique, se sont entretenue avec des invités rassemblés à Vancouver, C.-B., sur la photographie pendant la Première Guerre mondiale.

Carla-Jean Stokes a expliqué en quoi la Première Guerre mondiale était différente des conflits antérieurs avec la disponibilité de caméras personnelles: « La Première Guerre mondiale a été le premier conflit majeur durant lequel un grand nombre de soldats ont appris à utiliser une caméra, majoritairement en raison de la mise en marché, en 1900, de la Kodak Brownie. En 1912, la Eastman Kodak Company a lancél’appareil photo Kodak Vest Pocket, dont la commercialisation en 1914 visait spécifiquement les soldats, les incitant à créer des souvenirs photographiques de leur temps passé au front. Les ventes de ces petits appareils photo (faits pour se glisser dans la poche intérieure d’un blouson) ont explosé: on estime qu’un officier allié sur cinq en possédait un. »

Elle a commencé la conférence en expliquant pourquoi il est important d’en apprendre davantage sur la photo individuelle.

Une fois que la photographie privée a été interdite sur le front occidental, le Canada a nommé des photographes de guerre officiels.  Carla-Jean Stokes explique ici le début de la photographie de guerre officielle et présente les trois principaux photographes canadiens de la Première Guerre mondiale.

Le Canada a employé trois photographes officiels entre 1916 et 1918: le capitaine Harry Knobel (d’avril à août 1916), le capitaine William Ivor Castle (d’août 1916 à juin 1917), et le lieutenant William Rider-Rider (de juin 1917 à novembre 1918). Ensemble, ils ont pris plus de 4000 photographies de Canadiens à la guerre qui ont été imprimées dans des journaux, vendues comme souvenirs et exposées. Chaque photographie officielle comprend un numéro de négatif, normalement visible dans un coin, qui commence par «O» et qui est suivi du nombre représentant l’ordre dans lequel la photographie a été reçue par le CWRO (O- 1450 était la 1450e photographie reçue par l’organisme de la part des photographes).

Les négatifs originaux et les impressions créées par les photographes officiels du Canada sont désormais conservées par Bibliothèque et Archives Canada. Les utilisateurs peuvent trouver les images en lignes en utilisant des mots clés comme «bataille de la crête de Vimy» «prisonniers de guerre» ou «bureau canadien des documents de guerre» dans la recherche des archives de BAC.

En 2015, la Fondation Vimy a lancé un projet unique: « La Première Guerre mondiale en couleur ». Nous voulions ajouter de la couleur aux photographies numériques de la Première Guerre mondiale. Nous avons utilisé les photographies de guerre officielles conservées à Bibliothèque et Archives Canada, ainsi que celles du front intérieur, conservées dans les archives locales du pays. Le coloriste numérique qui a travaillé sur ce projet était Mark Truelove de Canadian Colour.

Dans cette vidéo, il explique pourquoi il a commencé à colorer des photos numériques et pourquoi les gens le trouvent si intéressant:

Mark Truelove décrit également comment il détermine les couleurs correctes sur la photo:

« Lorsque je reçois une photo, la première chose que je fais est de regarder la qualité générale de l’image. Plusieurs photos de la Première Guerre mondiale sont endommagées et doivent être réparées. Cela peut impliquer de réparer des égratignures, enlever des particules de poussière ou corriger une décoloration.

Une fois que cela est fait, j’utilise la description qui accompagne cette photo afind’établir l’année durant laquelle elle a été prise et si on en connait la date, je vais par la suite vérifier la météo de cette journée, ce qui m’aidera plus tard à obtenir le bon éclairage. S’il y a des soldats canadiens dans la photo, je vais utiliser différentes sources afin de découvrir les détails de leurs uniformes (ex. insignes des formations, couleurs des chapeaux, etc.). Il existe plusieurs bonnes ressources en ligne pour ces choses, mais ma ressource préférée est un livre nommé Military Antiques and Collectables of the Great War – Canadian Collection par J. Victor Taboika. Pour les choses plus difficiles à figurer, j’ai aussi la chance de pouvoir demander à Caitlin Bailey, conservatrice au Centre canadien pour la Grande Guerre, pour obtenir son opinion d’experte en la matière. »

Char d’assaut doublant la 8e ambulance de campagne, Hangard. Bataille d’Amiens, août 1918. William Rider-Rider. Canada, Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-002888 (modification de l’image originale par Canadian Colour).

 

Questions de discussion

— Carla-Jean Stokes soulève la question de la manipulation et de la mise en scène de photos pendant la Première Guerre mondiale. Pourquoi pensez-vous que les photographes de la Première Guerre mondiale l’auraient fait? Pensez-vous que le public, en voyant ces photos, a pensé qu’elles étaient de véritables représentations de la guerre?

— De nos jours, les gens sont plus familiarisés avec des programmes comme Photoshop, et nous sommes habitués aux images ajustées pour les magazines, par exemple. Pensez-vous que les gouvernements et les politiciens peuvent s’en tirer en manipulant des photos partagées avec le public? Pouvez-vous penser à des exemples récents?

— Nous sommes habitués à ce que tout le monde ait un appareil photo dans sa poche. Imaginez ce que cela aurait été de tenter d’interdire la photographie privée en 1916. Pensez-vous que les soldats étaient prêts à laisser leur appareil photo chez eux? Pensez-vous qu’une interdiction de la photographie de guerre privée serait de nos jours possible?

— Imaginez que vous ayez été photographe de guerre pendant la Première Guerre mondiale, envoyé seul avec une caméra pour documenter ce qui se passait sur le front occidental. Quels sont les sujets qui vous intéresseraient le plus? Par exemple, pendant et après la bataille de la crête de Vimy, le photographe Ivor Castle a pris de nombreuses photos des prisonniers de guerre. Pourquoi pensez-vous qu’il était plus intéressé par les prisonniers allemands que par les victimes canadiennes?

— La colorisation de photographies, de par sa nature, requiert la modification de documents de sources primaires. Alors que tous les efforts sont faits pour demeurer le plus historiquement précis, il n’y a aucun doute que les photographies sont altérées. Utilisez le guide Vimy 100 en classe sur «La photographie et la Première Guerre mondiale» pour analyser les photos et l’ajout de couleurs.

 

Merci au commanditaires de la série des conférences du centenaire de la Première Guerre mondiale : le gouvernement du Canada et la Fondation R. Howard Webster.