La tranchée Regina

1er oct. au 11 nov. 1916

Le système de tranchée Regina a dominé la surface tenue par les Canadiens après l’attaque initiale à Thiepval le 26 septembre. La tranchée Regina avait fait partie des objectifs originaux, qui demandaient la capture du système avant la fin de la journée du 26, mais comme la plupart des batailles de la Somme, l’attaque s’est transformée en un labeur s’étendant sur plusieurs semaines, alors que l’armée britannique avait essayé en vain de s’emparer de bouts de territoire de plus en plus petits.

Le système de 3 000 m était parfaitement situé pour la défense, se trouvant légèrement au-dessus de la crête de Thiepval, entouré de kilomètres de fil barbelé. Afin de s’emparer de la tranchée Regina, les Canadiens auraient à avancer en pleine vue des défenseurs, au sommet de la pente, sans options de contournement et amassés dans une zone d’attaque serrée. Les bombardements précédant l’attaque avaient été majoritairement infructueux à retirer le fil barbelé, et plusieurs obus ne s’étaient pas rendus assez loin puisque les artilleurs canadiens avaient du mal à atteindre leurs cibles. Byng allait de nouveau rendre visite à la 2e Division assiégée, tout frais sorti de la tentative de s’emparer de la crête de Thiepval en septembre, afin de s’emparer de la tranchée Regina. Malgré les protestations des commandants divisionnaires Turner et Lipsett, ainsi que de Byng lui-même, Gough a refusé d’annuler l’attaque, et les 2e et 3e Divisions allaient aller de l’avant dans la tranchée Regina le 1er octobre à 15 h 15.

La Brigade de la marine allemande, un groupe d’élite originalement posté en Belgique, avait été déplacée à la Somme alors que les régiments allemands s’affaiblissaient tranquillement suit à la perte d’hommes, et était en poste à la tranchée Regina. L’attaque du 1er octobre a permis de prendre brièvement le contrôle de la tranchée Kenora et de la partie est de la tranchée Regina, mais les soldats canadiens ont été repoussés par les soldats de la Marine le 2 octobre et forcés d’abandonner leurs positions. La mauvaise température et la faible visibilité ont repoussé la bataille au 8 octobre, bien que le barrage canadien ait été maintenu durant ce temps, essayant toujours d’enlever des morceaux de fil barbelé, qui avait été si désastreux pour les 2e et 3e Divisions le 1er octobre.

L’attaque du 8 octobre allait se dérouler de façon similaire à l’attaque ratée du 1er octobre, cette fois avec les 1re et 3e Divisions. Les deux divisions se sont rendues au sommet avant la levée du soleil derrière un barrage roulant, se dirigeant vers le labyrinthe de tranchées qu’était le système Regina. La plupart des bataillons allaient encore une fois se frapper à du fil barbelé intact, qui les canalisait dans des zones concentrées de tir de mitrailleuses allemandes. Les deux attaques, sur le quadrilatère ainsi que dans la tranchée Regina elle-même, ont été rebutées alors que les Canadiens ont été repoussés vers leurs points de départ.

Une attaque combinée des Britanniques et des Canadiens le 21 octobre allait finalement voir la capture de la plus grande partie de la tranchée Regina par la 4e Division canadienne, ainsi que la capture de plusieurs prisonniers allemands. Il allait falloir attendre jusqu’au 10 et 11 novembre avant que la dernière partie occidentale de la tranchée soit capturée lors d’une attaque éclair durant la nuit par les bataillons de la 4e Division. Cette même division allait ensuite être appelée pour saisir la tranchée Desire, l’ultime tranchée de soutien du système Regina, le 18 novembre, ce qu’ils allaient accomplir en quatre vagues successives réussies, en suivant de près leur barrage roulant. Contrairement aux attaques antérieures de la tranchée Regina, la tranchée Desire a été prise assez facilement, bien que le combat ait quand même été féroce dans certaines zones. À la fin, la tranchée Regina allait avoir coûté la vie à des milliers de soldats canadiens. Au total, le Corps canadien a dénombré plus de 24 000 victimes durant le temps passé à la Somme, presque toutes dans la région entourant Courcelette, la crête de Thiepval et la tranchée Regina.

Avancements technologiques

Après Thiepval et les premiers essais de s’emparer de la tranchée Regina, le général Gough a publié Memorandum on Attacks, adressant plusieurs des problèmes survenus et demandant une structure organisationnelle se basant plus sur les pelotons, et habilitant les dirigeants au niveau des compagnies et des pelotons à prendre des décisions sur la façon d’atteindre leurs objectifs lorsque le besoin se fait sentir, plutôt que de devoir attendre des commandes venant de plus haut. Gough a aussi demandé une meilleure organisation des réserves et l’utilisation des groupes ayant déjà atteint leurs objectifs pour maintenir plus efficacement la force de la  bataille; presque toutes les batailles des Britanniques à la Somme avaient particulièrement souffert à cet égard, avec les réserves maintenues derrière des lignes de front qui ne pouvaient pas bouger assez rapidement pour soutenir les objectifs déjà saisis. En 1917, le Corps canadien réorganisé allait utiliser cette technique de « saute-mouton » dans chaque bataille, augmentant grandement son habileté à prendre et garder des objectifs.

Personnages

Le caporal Ralph Lewis (25e Bataillon CEC) L’un des rares survivants du bataillon à s’emparer de la tranchée Kenora le 1er octobre, Lewis a manié une mitrailleuse Lewis dans une ligne défensive formée afin de tenir la tranchée. Il a reçu la Médaille militaire. Il est plus tard devenu un lieutenant du bataillon.   (Rapport du bataillon détaillant les conditions dans lesquelles s’est battu Lewis dans la tranchée Kenora)

Le cornemuseur James Cleland  Richardson (16e Bataillon CEC) Le 16e Bataillon était responsable d’une portion de la tranchée Regina le 8 octobre, et les soldats étaient repoussés vers leurs propres tranchées lorsque leur cornemuseur, James Cleland Richardson, est sorti de la tranchée et s’est mis à jouer de sa cornemuse. Richardson était entouré de projectiles volants, mais il a continué à jouer, et les hommes du 16e se sont retournés et ont pris d’assaut la tranchée Regina, saisissant leur objectif. Richardson a continué à jouer toute la journée, déposant plus tard son instrument pour aller chercher un camarade blessé. Il est ensuite retourné chercher son instrument, mais n’est jamais revenu. Il a été porté disparu. Son corps a été trouvé en 1920 et enterré en France. Sa cornemuse a été retrouvée en 2006. Le cornemuseur Richardson, 20 ans, a reçu la Croix de Victoria à titre posthume pour sa bravoure.

Le caporal Leo Clarke V.C. (27e Bataillon) Clarke avait reçu la Croix de Victoria plus tôt en septembre pour ses actions à Pozières. Le 27e Bataillon avait été déployé dans la tranchée de Regina le 11 octobre pour sécuriser le secteur. Clarke a été touché par un tir d’obus, et sa colonne vertébrale brisée. Son frère, Charles, a été capable de le déterrer et il a été envoyé à l’hôpital, mais est mort pendant qu’il recevait des soins, le 19 octobre 1916.

Les prisonniers allemands capturés par les Canadiens dans la prise de tranchée Regina. Octobre 1916. Photo: Bibliothèque et Archives Canada. PA-000825
Les prisonniers allemands capturés par les Canadiens dans la prise de tranchée Regina. Octobre 1916. Photo: Bibliothèque et Archives Canada. PA-000825

La bataille de Monchy-le-Preux.