CONCOURS DE POÉSIE VIMY

Au printemps dernier, L’Association des auteures et des auteurs de l’Ontario français (l’AAOF) en collaboration avec la fondation Vimy a organisé un concours de poésie en langue française. Le thème du concours était la bataille de la crête de Vimy et Daniel Groleau Landry fût selectionné en tant que vainqueur est reçu 250$ de la part de l’AAOF. Mr Groleau Landry a reçu sont prix lors de la réception Vimy à l’ambassade de France à Ottawa.

Le 12 avril 1917

après quatre jours insupportables

après les frères laissées en jachère

striés de balles et de shrapnel

après les foudres de l’horreur

la perte de l’innocence

ils ont dressé leur drapeau

comme on grimpe hors de l’enfer

ils étaient là, sur la côte 145,

le regard fixé sur l’horizon

des nuages gris s’accumulant dans le ciel

le sang d’érable et les yeux du Nord

un sourire de fils barbelés

sur leurs lèvres sèches une cigarette aux lèvres

le visage sale

la bataille gagnée

après le grondement de l’artillerie

des tremblements de terre

des tremblements de mains que l’on tente d’empêcher

l’éclatement des obus

le sifflement incessant des balles

le tintamarre de leur cris de guerre

la bousculade des chars d’assaut qui écrasent tout sur leur passage

les gémissements de leurs ennemis

ils n’entendent presque plus leur coeur battre

sentent plutôt

leurs pouls comme un tambour

comme un démon qui cogne contre les murs de sa prison

sentent plutôt

le brouillard de la guerre

les envelopper

et les priver

de la

beauté du monde

un goût de cuivre

sur la langue

le champ

de bataille

un paysage déchiré

irréparablement

comme les âmes

qui titubent

dans le brouillard

les cratères

des tombeaux

où les visages

ne trahissent

aucun accent

aucun langage

aucune origine

mais

malgré les deux pieds

sur le bord de l’abîme

ils ont triomphé

de retour à la base

les soldats rêvent

des tourtières

de leurs mère

les soldats rêvent

de jouer au hockey

sans se soucier

de faire des buts

les soldats rêvent

de revenir au Canada

chez eux, près des lacs,

des forêts boréales, sentir l’air pur

et tenir leur famille entre leurs bras

ils rêvent

de vivre haut et fort,

vivre leurs vies pour ceux

qui ne sont plus parmi eux

qui ont payé par milliers

pour notre liberté

avec leur sang d’érable

et leur volonté d’acier

ils rêvent

de trinquer

d’innombrables verres

à la santé des survivants

à la santé de leurs enfants

à la santé de leur pays

de leur drapeau hissé

contre les vagues et marées

de leurs ennemis déchus

même si

ils leur restaient

beaucoup de guerre à faire

aujourd’hui, le 12 avril 1917

ils avaient gagné

à Vimy

aujourd’hui

on dirait que le sang

des soldats qui ont péri

a nourrit la beauté du paysage

qu’il s’en est abreuvé

et que les fantômes

reposent en paix

l’ayant

réparé