Bataille du canal du Nord
Une action centenaire

La Bataille du canal du Nord
27 septembre au 11 octobre 1918

Après avoir battu en retraite de la ligne Drocourt-Quéant, l’armée allemande s’est retirée vers ses dernières lignes de défense dans le système Hindenburg. Le secteur le long du front canadien comprenait la ville de Cambrai, un important centre logistique pour les Allemands, le canal du Nord et le bois de Bourlon, une position de défense fortifiée. Pendant près d’un mois après leur victoire à la ligne Drocourt-Quéant, les Canadiens ont attendu, alors que Currie planifiait une façon de permettre au Corps de traverser le canal, puis de traverser le bois pour avancer vers Cambrai.

Le canal était à sec, mais demeurait un obstacle important; les berges faisaient plusieurs mètres de haut et on ne savait pas exactement ce qui attendait les Canadiens de l’autre côté. La zone autour du canal avait été délibérément inondée par l’armée allemande, laissant une petite zone d’environ 2 km de large encore sèche. Pour traverser le canal, le Corps serait concentré sur un petit front, puis devrait se déployer pour sécuriser le reste de sa section. De plus, même si les chars d’assaut et l’infanterie pouvaient le traverser assez facilement, ce n’était pas le cas de l’artillerie. Le plan de Currie exigeait que les ingénieurs canadiens installent plusieurs ponts mobiles, vraisemblablement sous un feu nourri, pour permettre à l’artillerie de franchir le canal.

Le plan de Currie était ambitieux, et plusieurs personnes, y compris Byng, l’ont prévenu que cela pourrait ne pas fonctionner. Cependant, Haig et Foche voulaient pousser l’armée allemande autant que possible, pour voir si elle pourrait craquer, et une incursion non loin de Cambrai la forcerait à retirer des hommes du reste des lignes allemandes. À 5 h 20 le 27 septembre, le barrage roulant s’est ouvert et seulement quatre bataillons canadiens se sont avancés pour traverser le canal. Ils ont atteint l’autre côté avec succès, et un plus grand nombre de bataillons ont commencé à progresser par dépassement devant leurs positions, avançant lentement et se déployant vers les objectifs le long d’un front de plus de 9 000 m.

Une fois la berge opposée sécurisée, les ingénieurs pouvaient commencer à installer les ponts; les premières pièces d’artillerie ont tenté de traverser à 8 h 40 avant d’être repoussées; toutefois, au milieu de l’après‑midi, plusieurs étaient en place et les unités d’artillerie le traversaient régulièrement. À la fin de la journée, le Corps avait sécurisé le canal, le bois de Bourlon et le village de Bourlon, avant de se retrancher pour la nuit. On s’attendait à des attaques massives des Allemands le matin, et les bataillons canadiens étaient trop dispersés en tentant de contrôler plus de 10 000 m de front.

Les progrès lors de la deuxième journée étaient plus lents et difficiles, alors que les Canadiens tentaient de franchir la ligne Marcoing, ce qu’ils ne réussiraient pas à faire avant le 29 septembre. Le 30 septembre, les 3et 4e Divisions avaient atteint les abords de Cambrai, mais les efforts pour s’emparer de la ville se sont ensuite essoufflés alors que le Corps l’encerclait, et Currie a alors tenté d’élaborer un plan pour prendre la ville. Les Canadiens, ni d’ailleurs la plupart des armées alliées, avaient peu d’expérience en matière de combats urbains, et la lutte contre l’armée allemande de maison en maison allait non seulement être extrêmement difficile, mais était aussi susceptible d’entraîner des pertes très élevées.

Pendant les préparatifs canadiens, l’armée allemande s’est retirée de Cambrai le 8 octobre, laissant derrière elle une ville en feu, truffée de pièges et de fils-pièges. Le Corps a occupé Cambrai et a continué à avancer avec précaution, suivant les Allemands à mesure qu’ils faisaient retraite vers l’Est. Même s’il s’agissait d’une autre victoire éclatante pour le Corps canadien, la traversée du canal du Nord a davantage épuisé ses forces : plus de 10 000 Canadiens ont été tués, blessés ou portés disparus à cette occasion, ce qui a amené le nombre total de pertes à plus de 42 000 pour la seule campagne des Cent jours.

Le Devoir, 28 septembre 1918.

 

Progrès technologiques 

La traversée réussie du canal du Nord et l’avancée vers Cambrai ont reposé sur un solide barrage roulant et sur la capacité de l’artillerie à continuer son barrage à mesure que l’infanterie s’enfonçait de plus en plus dans le territoire allemand. La coordination entre l’infanterie, qui se déplaçait assez rapidement sur de grandes distances, et l’artillerie constituait un problème qui a affligé Currie et le Corps tout au long de la campagne des Cent jours. Dans les jours qui ont suivi les premières réussites, le rythme des batailles a ralenti ou même cessé en raison des bombardements irréguliers.

Pour s’attaquer au problème posé par le canal, les ingénieurs canadiens ont passé les semaines qui ont précédé la bataille à construire des ponts mobiles derrière les lignes, qui ont été mis en place une fois que la berge de l’autre côté a été sécurisée et ont permis le passage des pièces d’artillerie et de leurs équipages. L’installation des ponts était un travail extrêmement dangereux, et toute la journée du 27 septembre, les ponts étaient souvent bombardés. Comme à Vimy l’année précédente, les ingénieurs ont joué un rôle très important pour assurer le succès de la bataille; sans leurs ponts, le Corps aurait rapidement distancé son artillerie et cessé sa progression, ce qui aurait coûté beaucoup plus de vies qu’il ne pouvait se permettre.

Currie a également utilisé un barrage roulant qui se déplaçait dans deux sens, vers l’avant et vers l’arrière. À mesure que le Corps atteignait ses objectifs, le barrage pouvait avancer comme à l’habitude; cependant, un barrage mobile vers l’arrière donnait aux artilleurs allemands l’impression qu’ils tiraient sur leurs propres positions. Comme d’habitude, Currie a également utilisé des tirs de contre-batterie pour détruire les canons allemands à l’avance; en tout, 785 pièces d’artillerie ont été utilisées le premier jour de la bataille du canal du Nord, dont la plupart suivraient par la suite l’infanterie vers Cambrai.

 

Personnalités 

Comme à l’occasion des précédentes batailles de la campagne des Cent jours, les combats qui se sont déroulés au canal du Nord ont été difficiles et ont exigé beaucoup de bravoure. Huit Croix de Victoria ont été décernées pendant les combats :

Lt George Fraser Kerr, 3Bataillon

Lt Graham Thomson Lyall, 102Bataillon

Lt Samuel Lewis Honey, 76Bataillon

Lt Milton Fowler Gregg, The Royal Canadian Regiment, plus tard politicien et ministre des Anciens Combattants

Capitaine John MacGregor, 2Bataillon canadien de fusiliers à cheval

Sgt William Merrifield, 4Bataillon

Capitaine Coulson Norman Mitchell, 1re Compagnie de tunneliers, Génie canadien

Lt. Wallace Lloyd Algie, 20Bataillon