Bataille de la côte 70
Une action centenaire

Les Canadiens dans les tranchées capturées sur côte 70. août, 1917.
Crédit: Ministère canadien de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-001718 (modifiée de l’original). Colorisée par Canadian Colour.

15-18 août 1917 

Ayant eu lieu quatre mois après la bataille de la crête de Vimy, la bataille de la côte 70 a été le premier grand engagement canadien de l’été, et la première mise à l’épreuve du nouveau commandant du Corps expéditionnaire canadien, le lieutenant-général Arthur Currie. La ville de Lens, un centre industriel d’extraction du charbon surplombé au nord par la côte 70, était sous le contrôle des Allemands depuis 1914. L’attaque originale, assignée à Currie peu après qu’il soit devenu commandant du Corps expéditionnaire, prévoyait la capture de la ville avant la fin du mois de juillet. Currie croyait que la côte 70 était un objectif plus important, puisque d’en prendre le contrôle signifiait une position d’artillerie forte au-dessus de la ville, et plutôt que de gaspiller des vies à tenter de saisir Lens, qu’il vaudrait mieux de neutraliser la côte d’abord et de l’utiliser pour forcer les Allemands à venir les attaquer ensuite.  

Il a convaincu son supérieur, le général Henry Horne, de la valeur d’une attaque plus limitée lors d’une rencontre le 10 juillet, et la date de la bataille a été fixée à la fin du mois de juillet. Des retards causés par la mauvaise température ont déplacé la bataille au mois d’août. Malgré ce changement dans les plans, la côte 70 était toujours un objectif difficile, et Currie a bénéficié de moins d’un mois pour effectuer la planification et pour entraîner ses troupes. Comme son prédécesseur à Vimy, le général Byng, Currie voulait que ses hommes connaissent leur objectif exact, et, comme lui, il a utilisé les cartes, l’enseignement en classe et des champs de bataille à l’échelle afin de s’assurer que tous les soldats du Corps expéditionnaire savaient ce qu’ils devaient faire, et où ils devaient le faire.  

Le Corps est passé à l’attaque le 15 août à 4 h 25 sous un barrage rampant et un écran de fumée:

Lens, France. 1917.
Crédit: Ministère canadien de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-001872.

«…À 4 h 20, on aurait pensé que la terre avait explosé. Mon Dieu, c’était extraordinaire! Je ne sais pas combien de fusils nous avions, certains disent: un pour trois hommes… Dès le premier grondement, nous avons rempli les tranchées et avons commencé à bouger… Aucune force sur terre naurait pu nous empêcher de nous rendre sur le parapet afin de jeter un coup d’œil. Il faisait trop sombre pour pour voir les hommes avancer derrière le barrage, mais la ligne de tir – Dieux! Essayez dimaginer un long tuyau de gaz qui aurait été couvert de trous çà et là, puis auquel on aurait mis le feu. La flamme de chaque obus éclatait puis se mêlait à la flamme de lobus suivant. C’était parfait. C’était terrifiant. Les flammes étaient dotées de points noirs qui étaient des cailloux et de la boue… Après un temps, le barrage s’est dissipé. Seulement les cris des gros obus au-dessus de nos têtes et les vrombissements des avions, et le crump, crump, crump lourd des obus des Allemands derrière nous qui cherchaient des batteries. Ils auraient tout aussi bien pu essayer de repousser la mer entière avec un balai.»
(Watson, Letters of a Canadian Stretcher-Bearer, p. 156 – 157). 
 

Le plan de Currie prévoyait une attaque en trois phases: premièrement, saisir la ligne allemande à la crête de la colline, deuxièmement, saisir les tranchées dans la pente descendante vers Lens, et finalement, saisir le plus bas arc des tranchées, au pied de la côte. Les trois phases devaient être accomplies très rapidement afin que les Canadiens soient en position de répondre à l’attaque inévitable que susciterait Currie. En même temps, des bataillons de la 4e Division étaient engagés dans une fausse attaque contre Lens afin de détourner l’attention des Allemands de la côte 70 et de permettre plus de temps pour consolider les positions.  

Les attaques du 15 août se sont bien déroulées, avec la formation d’une nouvelle ligne de front canadienne faite de parties des deuxièmes et troisièmes objectifs, mais la contre-attaque des Allemands a débuté rapidement après les gains initiaux, la première commençant à 7 h. Le 16 août, la 2e Division a atteint ses objectifs sur la troisième ligne et la côte 70 a été considérée comme complètement saisie par les Canadiens. Des attaques au gaz massives de la part des Allemands ont rendu misérable la tâche de tenir la côte, et plusieurs soldats ont été les victimes du gaz moutarde, qui brûlait la peau et causait la cécité. À la fin de la journée du 18 août, les contre-attaques allemandes s’étaient calmées et le Corps expéditionnaire a passé les jours suivants à se ressaisir avant que le général Currie ne leur ordonne de se lancer dans la bataille suivante, le 21 août, sur la ville de Lens. Les six premiers jours de la bataille ont vu 5 600 soldats blessés, tués ou disparus.

« Dressing wounded Canadians during advance to Hill 70. August, 1917. »
Crédit: Ministère canadien de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-001598.

Avancées technologiques | 

« A wounded Canadian leads in a Boche whose nerves have been shattered during our advance on Hill 70. August, 1917. »
Crédit: Ministère canadien de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-001597.

 L’artillerie canadienne utilisait déjà des techniques de contre-barrage durant la bataille de la crête de Vimy, mais la côte 70 posait un défi particulier. Plusieurs des armes et des mitrailleurs canadiens avaient été déplacés pour soutenir la bataille britannique en cours à Passchendaele, laissant l’AC sous-équipée et utilisant des armes beaucoup plus anciennes. De plus, la température durant la période menant à la bataille avait été constamment mauvaise, rendant la localisation des armes ennemies beaucoup plus difficile. Cependant, l’artillerie canadienne a tout de même réussi à frapper 40 des plus de 100 batteries allemandes avant le début de l’attaque, et a continué à fournir du soutien avec un barrage rampant le 15 août.  

-Afin de nous préparer aux contre-attaques qui, nous le savions, allaient arriver, Currie a créé une zone de front complexe, comprenant des tirs entremêlés de mitrailleuses, de fusils et d’artillerie, qui serait mise en place lorsque le corps aurait atteint ses objectifs. Afin d’arriver dans les tranchées canadiennes, les Allemands devraient attaquer au travers d’un champ de tirs directs. L’idée de Currie dérivait de l’information qu’il avait apprise des Français à l’hiver 1917, qui avaient défendu la ville de Verdun en utilisant une technique similaire. 

-Les Canadiens tout comme les Allemands ont utilisé des gaz toxiques aux effets dévastateurs durant la bataille de la côte 70. L’attaque canadienne initiale à 4 h 25 s’est déroulée derrière un rideau de gaz et de fumée, ce qui a désorienté les forces allemandes dans la ville et ralenti leur réponse. Les Allemands ont utilisé du gaz moutarde le 18 août qui, contrairement au chlore, n’était pas immédiatement détectable, et plusieurs Canadiens ont été empoisonnés sans le savoir parce qu’ils ont attendu trop longtemps avant de mettre leur masque à gaz. 

Personnalités | 

Le lieutenant-général Arthur Currie – La côte 70 était la première bataille de Currie depuis sa promotion comme commandant du Corps expéditionnaire en juin 1917. La bataille comprenait déjà tous les signes distinctifs des succès subséquents de Currie en 1918: préparation minutieuse, coopération entre l’artillerie et l’infanterie, tactiques de prise et de maintien. Au terme de la guerre, Currie était considéré comme l’un des meilleurs généraux de l’armée britannique. 

Durant les attaques de la côte 70 et de Lens, six Canadiens ont reçu la Croix de Victoria.  

Private Harry Brown (10e Bataillon CEC) – Un messager, Brown a été gravement blessé, et son collègue tué alors qu’il livrait un message le 17 août 1917. Il a continué la livraison de son message jusqu’à s’évanouir suite à une trop grande perte de sang. Le soldat Brown est mort de ses blessures le même jour. 

Company Sergeant-Major Robert Hill Hanna (29e Bataillon CEC) – s’est élancé dans un nid de mitrailleuses ennemies avec quatre autres hommes et l’a capturé le 21 août 1917. Hanna avait immigré au Canada depuis l’Irlande avant la guerre.  

Sergeant Frederick Hobson (20e Bataillon CEC) – Le 18 août 1917, après qu’une position de fusil Lewis ait été enterrée et l’équipe tuée, Hobson a quitté sa tranchée, a déterré le fusil et a tiré sur les troupes allemandes qui attaquaient, jusqu’à ce qu’il soit tué.  

Corporal Filip Konowal (47e Bataillon CEC) – Konowal avait comme tâche de vider les caves occupées de la ville de Lens durant la deuxième phase de l’attaque de Currie, après la côte 70. Il a à lui seul attaqué deux nids de mitrailleuses avant d’être gravement blessé. Konowal a survécu à la guerre et s’est installé à Hull, au Québec.  

Major Okill Massey Learmonth (2e Bataillon CEC) – Le 19 août 1917, durant une contre-attaque allemande, Learmonth a été blessé, mais a refusé de laisser ses hommes, les dirigeant plutôt depuis le parapet, puis depuis le fond de sa tranchée, tout en lançant des grenades. Il est mort le même jour de ses blessures.  

Private Michael James O’Rourke (7e Bataillon CEC) – O’Rourke a servi comme porteur de civière à la côte 70 et a travaillé pendant trois jours sous un tir ennemi intense afin d’assurer l’évacuation des membres blessés de son bataillon. Il a survécu à la guerre et a été à la tête d’une grève des débardeurs de 1000 hommes à Vancouver en 1935.     

 

La photo d’aujourd’hui a été colorée dans le cadre du projet “La Première Guerre mondiale en couleur” de la Fondation Vimy. Pour en savoir plus sur ce projet, et voir d’autres photos, veuillez suivre ce lien : http://www.fondationvimy.ca/projets/