Argot de la Première Guerre Mondiale
« Blue Puttee »

 

« Entre frères »
Comme seulement des capotes étaient fournies par le Canada, le reste des premiers uniformes des Terre-neuviens étaient composés de divers vêtements civils et militaires.
Crédit : The Rooms. Collection MG 110, article A 8-85, 1914.

En l’honneur du rôle qu’a joué le Royal Newfoundland Regiment dans l’attaque sur Cambrai du 20 novembre au 6 décembre 1917, le terme familier décrivant le régiment est « les Blue Puttees ».

Après que la guerre ait éclaté en 1914, les Terre-neuviens ont soudainement eu besoin de vêtements pour des centaines de bénévoles et ils n’avaient pas d’uniformes en stock ni de tissu approprié pour les faire eux-mêmes. En désespoir de cause, le comité du matériel de la Patriotic Association a engagé des fabricants de vêtements locaux pour créer des uniformes, des sous-vêtements, des tapis de sol et des couvertures le plus rapidement possible (Nicholson, The Fighting Newfoundlander, p. 110). Comme il n’y avait pas de laine de couleur kaki pour faire les jambières, du tissu bleu marin a été utilisé à la place.

« Soldats s’exerçant à donner les premiers soins. »
Les premières pénuries de vêtements ont entraîné une myriade d’uniformes en 1914.
Crédit : The Rooms. Série, article E 19-25, 1914. Holloway, Robert Palfrey, 1887-1917; Holloway Studio (St. John’s, T.-N.).

Par conséquent, les 500 hommes du premier contingent du régiment de Terre-Neuve ont quitté St. John’s en octobre 1914 avec des jambières bleues. Comme ils étaient les seuls Terre-neuviens équipés de jambières de cette couleur, ces dernières sont devenues un badge d’honneur.

Pour être un « Blue Puttee », il fallait donc être un membre des fameux 500 soldats (Nicholson, The Fighting Newfoundlander, p. 110).

Pendant de nombreuses années après la guerre, les anciens combattants du régime terre-neuvien, fiers d’être des « Blue Puttees », se sont réunis annuellement le 4 octobre, date qui marque l’anniversaire du départ du premier groupe de 500 hommes de St. John’s en 1914.

30 novembre 1917
Une action centenaire

« About 8 kilometres beyond the Hindenburg Line, where the Royal Newfoundland Regiment made such a gallant stand against the German counter attack on November 30th., 1917. »
Crédit: The Rooms. « The Canal at Marcoing », Séries , Item VA 36-38.7.

En ce jour en 1917, après avoir massé leurs troupes, les Allemands ripostent contre l’offensive à Cambrai. À un moment donné sur la ligne, quatre divisions britanniques font face à neuf divisions allemandes. Frappant fort en provenance de l’est, les Allemands ont l’intention de foncer sur le flanc britannique et d’ensuite se diriger vers le nord, nettoyant entièrement la saillie. Pris par surprise, le régiment terre-neuvien fonce vers l’avant alors que des combats désespérés éclatent le long de la ligne.

Avec seulement une nuit de repos, le matin du 30 novembre, le régiment de Terre-Neuve est envoyé pour relayer une unité à Masnières. Pris dans le barrage d’ouverture avant la contre-attaque des Allemands, les compagnies terre-neuviènes se dirigent vers l’avant une à une, chargées de se faire un chemin jusqu’au point de rassemblement.

Approchant du taillis de Marcoing, s’attendant à rencontrer les unités alliées de la 88e brigade, les Terre-neuviens sont plutôt tombés sur les Allemands qui s’avançaient. Leur riposte en chargeant cause une mêlée sauvage de tirs de baïonnettes et les Terre-neuviens font reculer progressivement l’avance allemande vers le sud, à l’aide des autres unités de la 88e brigade. Au beau milieu de toute cette activité, le capitaine J. K. McConnell, major de brigade, galope de long en large le long de la ligne, chevauchant à cru sa monture, dirigeant la défense (Nicholson, The Fighting Newfoundlander, p. 420). À la fin de la journée du 30 novembre, la 88e a repoussé l’ennemi de presque un mile. Les Terre-neuviens sont toutefois lourdement touchés, ayant perdu un officier et 130 autres soldats.

Le jour suivant est marqué par des tirs de mitrailleuses ennemies et des tirs d’embuscade alors que les forces du Commonwealth se cantonnent désespérément dans leurs positions précaires le long du canal St-Quentin. La situation est sauvée pour l’instant, mais moins de vingt-quatre heures plus tard, une autre contre-attaque allemande redéclenche la crise.

« Car used by a British official camera team evacuating refugees from Masnieres during the German counter-attack in the Cambrai sector, November 1917. »
© IWM (Q 3203)

Épitaphes de la Première Guerre Mondiale
Partie VI

Crédit: The Rooms, Archives provinciales de Terre-Neuve-et-Labrador, provenant de Bibliothèque et Archives Canada, Référence : RG38-A-2-e, Instrument de recherche 38-27, Volume 653, Numéro d’item : 650626, Groupe d’archives : Royal Newfoundland Regiment and Forestry Corps, p. 15.

« We Have Passed From Death Unto Life Because We Love The Brethren »

Épitaphe du soldat Ernest Fisher, numéro régimentaire 3516, Royal Newfoundland Regiment, 29 novembre 1917 (âgé de 18 ans).

Ernest, un boucher de St. John’s, s’est enrôlé le 6 mars 1917. Il a débarqué à Rouen, en France, le 27 septembre 1917, se joignant au Newfoundland Regiment alors qu’il se préparait pour la bataille de Poelcappelle au début du mois d’octobre.

Participant à la bataille de Cambrai, Ernest a été blessé le 21 novembre 1917 et a été admis au poste d’évacuation des blessés pour des coups de feu à la poitrine. Il est mort de ses blessures huit jours plus tard, le 29 novembre 1917.

Le soldat Ernest Fisher est enterré au cimetière britannique Rocquigny-Equancourt Road, à Manancourt, Somme, en France.

Crédit: The Rooms, Archives provinciales de Terre-Neuve-et-Labrador, provenant de Bibliothèque et Archives Canada, Référence : RG38-A-2-e, Instrument de recherche 38-27, Volume 653, Numéro d’item : 650626, Groupe d’archives : Royal Newfoundland Regiment and Forestry Corps, p. 12.

Épitaphes de la Première Guerre Mondiale
Partie V

Sous-lieutenant James John Tobin.
Crédit: Cramm, The First Five Hundred of the Royal Newfoundland Regiment, p. 300.

« We gave our son. He gave his all. »

Épitaphe du sous-lieutenant James John Tobin, matricule nº 69, Royal Newfoundland Regiment, 20 novembre 1917 (24 ans).

James s’est enrôlé le 2 septembre 1914 au sein du régiment de Terre-Neuve, quittant son emploi de barbier à 10 $ par semaine. Il a atterri à Suvla Bay, Gallipoli, en septembre 1915. Après l’évacuation des forces du Commonwealth de Suvla Bay en décembre 1915, il a été admis directement à l’hôpital en Angleterre avec la jaunisse. En juillet 1917, il a épousé par procuration une dame Margaret à Québec. Quatre mois plus tard seulement, le sous-lieutenant James John Tobin a été tué durant l’attaque sur Cambrai, laissant derrière lui sa nouvelle femme et son enfant.

Crédit: The Rooms, Archives provinciales de Terre-Neuve-et-Labrador, provenant de Bibliothèque et Archives Canada, Référence : RG38-A-2-e, Instrument de recherche 38-27, Bobine T-18017, Volume 489, Numéro d’item : 654829, Groupe d’archives : Royal Newfoundland Regiment and Forestry Corps, p. 27.

La femme de James était infirmière à Québec pour les enfants de M.  A.J. Price de l’importante scierie et usine de pâtes et papiers Price Brothers & Co. de Québec. En décembre 1917, M. A.J. Price a écrit au sous-secrétaire colonial de Terre-Neuve pour lui demander quelle pension elle et son enfant allaient recevoir du gouvernement terre-neuvien, étant donné que le deuil de Mme Tobin l’empêchait de s’occuper des affaires de son mari.

Le frère de James, Walter Tobin, s’était également enrôlé au sein du régiment de Terre-Neuve, mais il a survécu à la guerre. En 1918, la femme de James est allée vivre avec la mère de celui-ci à Boston, Massachusetts.

Le sous-lieutenant James John Tobin est enterré au cimetière britannique de Marcoing, Nord, France.

L’épitaphe de Tobin se trouve dans l’ouvrage intitulé Canada’s Dream Shall Be of Them, p. 125, de McGeer. Veuillez toutefois prendre note que Tobin est enregistré par erreur sous le nom de James John « Tait ».

John Shiwak, « Inuk War Hero »

Crédit: Operation Picture Me, Anciens Combattants Canada, Mémorial virtuel de guerre du Canada 2017.

Parmi les nombreuses pertes de vie au sein du régiment de Terre-Neuve durant l’attaque sur Cambrai se trouvait leur principal tireur d’élite, le caporal suppléant John Shiwak. Inuit du Labrador, Shiwak a été tué avec neuf autres Terre-Neuviens par un obus isolé alors que le régiment se déplaçait dans les effectifs de réserve en fin de journée le 20 novembre 1917.

Avant la guerre, Shiwak avait rencontré un rédacteur avec qui il s’était lié d’amitié, William Lacey Amy, et qui l’avait persuadé de tenir un journal. Dans une dernière lettre à Lacey avant son décès, Shiwak avait écrit qu’il avait hâte de rentrer chez lui et de rejoindre sa famille et la communauté des chasseurs : « Il n’y aura pas d’autres lettres avant que la glace se brise », écrit-il (Nicholson, The Fighting Newfoundlander, p. 416).

En hommage à Shiwak après son décès, Lacey a écrit :

« He had earned his long rest… Out there in lonesome Snipers’ Land he lay, day after day; and the cunning that made him a hunter of fox, and marten, and otter, and bear, and wolf brought to him better game. And all he ever asked was: « When will the war be over? » Only then would he return to his huskies and traps where few men dare a life of ice for a living almost as cold. John Shiwak – Eskimo – patriot. »

(Nicholson, The Fighting Newfoundlander, p. 416-417).

http://www.cbc.ca/news/indigenous/john-shiwak-inuk-war-hero-1.4391762

Bataille de Cambrai
Une action centenaire

En ce jour en 1917, le Royal Newfoundland Regiment et la Brigade de cavalerie canadienne prennent part au lancement de l’importante offensive du Commonwealth à Cambrai. Nommée « La grande expérience », l’attaque renonce au bombardement d’artillerie typique et s’appuie plutôt sur de l’arpentage avancé et sur la télémétrie pour lancer un agressif et inattendu barrage au moment de l’attaque. Au sein de l’opération se trouvent 300 chars d’assaut, suivis par l’infanterie, qui déploie des tactiques agressives de tir et de mouvement. La prochaine grande attaque sur le front occidental est désormais en cours.

« La grande expérience »

Lancés tôt le matin, l’artillerie massive, les mitrailleuses et les chars d’assaut ont rapidement submergé les positions de première ligne allemandes. Placé dans une deuxième vague, le Newfoundland Regiment a avancé avec les autres unités de la 88e unité. Pendant ce temps, la Brigade canadienne de cavalerie  (BCC) attendait la chance d’attaquer sur le terrain ouvert qui allait être dégagé par l’infanterie.

« British Mark IV Female and Male Tanks of ‘C’ Battalion, including ‘Crusty’ and ‘Centaur II’ loaded aboard a train at Plateau Station in preparation for movement to the forward area prior to the opening of the Battle of Cambrai. » © IWM Q 46941

À l’origine, Cambrai a été un énorme succès. L’armée britannique a gagné plus de terrain en une seule journée que durant toute la campagne de Passchendaele, et tout semblait bien se dérouler jusqu’à la première contrattaque allemande. Malheureusement, le BCC a été coincé jusqu’à la moitié de l’après-midi du 20 novembre, attendant la construction d’un pont improvisé pour permettre le passage de ses chevaux, et la troisième armée n’avait presque plus de réserves. Cette faiblesse a commencé à paraître alors que la bataille s’est mise à traîner en longueur, et le 29 novembre, la contrattaque allemande anticipée a repoussé la troisième armée, épuisée, en direction de son point de départ. Le 4 décembre, Byng s’est retiré dans une position le long de la ligne Hindenburg, où l’armée devait attendre la fin de l’hiver.

Les pertes furent lourdes autant pour le Newfoundland Regiment que pour la Brigade canadienne de cavalerie. Les pertes totales pour la troisième armée se sont élevées à 40 000 morts, blessés et disparus. Au moment de la nuit du 29 novembre, il ne restait au Newfoundland Regiment que 8 officiers et 230 autres soldats de différents rangs.

Personnages célèbres

Le caporal John Shiwak était un Inuk de Rigolet, au Labrador, et l’un des tireurs d’élite du Newfoundland Regiment. Il a été tué le 20 novembre 1917 par un obus allemand qui a tué neuf autres hommes. Shiwak correspondait avec le journaliste William Lacey Amy, qui l’avait encouragé à tenir un journal intime pendant qu’il était au front.

Le Lieutenant Harcus Strachan, Croix de Victoria, Croix militaire, a servi  au sein du Fort Garry Horse et a reçu la Croix de Victoria après avoir mené l’escadron « B » au travers des lignes ennemies lorsque leur capitaine a été tué, éliminant une batterie de canons de campagne ennemie et plusieurs groupes d’infanterie en chemin. Strachan a survécu à la guerre et est retourné en Alberta, où il a vécu jusqu’à sa mort en 1982.

Capitaine Grant Paterson, Croix militaire et agrafe
Sergent-major de compagnie Albert Janes, Médaille de conduite distinguée
Sergent Albert Davis, Médaille de conduite distinguée
Sergent quartier-maître de compagnie Ernest Cheeseman, Médaille militaire
Capitaine Bertram Butler, Ordre de service distingué, Croix militaire
Lieutenant Harcus Strachan, Croix de Victoria, Croix militaire

20 novembre 1917 – Croix de Victoria à Cambrai
Une action centenaire

© IWM Q 6300

En ce jour en 1917, les membres du Royal Newfoundland Regiment et de la Brigade de cavalerie canadienne se sont distingués durant l’attaque sur Cambrai. Parmi les Terre-Neuviens, deux se sont mérité la Médaille de conduite distinguée, un autre a reçu la Médaille militaire, un quatrième a pu ajouter une agrafe à sa Croix militaire, et un cinquième a été décoré de l’Ordre du service distingué. Le lieutenant Harcus Strachan du Fort Garry Horse de la Brigade de cavalerie canadienne a reçu une autre Croix de Victoria pour le Canada.

Les Terre-Neuviens se sont joints à l’attaque sur Cambrai de la 3e Armée britannique deux heures et demie après son début, formant le flanc gauche de la formation en losange de la 88e brigade, qui était menée par quatre chars d’assaut. Au départ, l’avancée a eu lieu de façon presque calme dans des champs intacts couverts d’herbe à hauteur des genoux, les chardons et les orties remplaçant la boue et les trous d’obus habituels (Nicholson, The Fighting Newfoundlander, p. 411). Les quelques ennemis qui avaient survécu la première vague d’attaques ont été rapidement vaincus.

Les Terre-Neuviens ont continué d’avancer, aidant leurs unités de flanc à capturer une batterie de canons de campagne, causant malheureusement la perte des quatre chars de soutien. Atteignant la ligne Marcoing, ils ont lancé leur assaut sur l’écluse de St-Quentin, aux abords ouest de Masnières. 

Capitaine Grant Paterson, Croix militaire et agrafe
Sergent-major de compagnie Albert Janes, Médaille de conduite distinguée
Sergent Albert Davis, Médaille de conduite distinguée
Sergent quartier-maître de compagnie Ernest Cheeseman, Médaille militaire

De nombreux postes de mitrailleuse et de tireurs d’élite dans les maisons le long de la berge du canal défendaient l’écluse. Lorsqu’est arrivé un char britannique s’étant aventuré vers cet endroit provenant du côté de Masnières, les canons de six livres en porte-à-faux ont rapidement été utilisés contre les défenseurs allemands. Alors que l’ennemi battait en retraite, le capitaine Grant Paterson a mené un petit groupe contre la passerelle à côté de l’écluse, gagnant l’autre rive et protégeant la passerelle ainsi que l’écluse. Pour ses actions, le capitaine Grant Paterson a reçu une agrafe pour sa Croix militaire.

Trois autres hommes ont reçu des honneurs pour leurs actions durant la bataille à la passerelle et à l’écluse. Le sergent-major de compagnie Albert Janes a été l’un des premiers à traverser de l’autre côté, recevant la Médaille de conduite distinguée. Le sergent Albert Davis a aussi reçu la Médaille de conduite distinguée pour avoir continué d’avancer avec sa compagnie en courant seul à l’avant et tuant deux tireurs d’élite (Nicholson, The Fighting Newfoundlander, p. 414). Finalement, le sergent quartier-maître de compagnie Ernest Cheeseman a reçu la Médaille militaire pour son leadership courageux durant la bataille de la passerelle.

Capitaine Bertram Butler, Ordre de service distingué, Croix militaire

Une fois de l’autre côté, les Terre-Neuviens se sont préparés à passer de l’abri procuré par un bâtiment aux rails de chemins de fer, à 60 verges d’où ils se trouvaient. Plusieurs tentatives ont été interrompues par de lourds tirs de mitrailleuses et il y a eu de nombreuses victimes avant que le capitaine Butler, CM, rallie ses hommes et se lance vers l’avant, suivi par les Terre-Neuviens et leurs encouragements (Nicholson, The Fighting Newfoundlander, p. 413). La position ennemie a été éliminée et Butler, maintenant blessé, a reçu l’Ordre du service distingué pour ses actions.

« Some of the 43 of the Fort Garry Horse who charged the Boche guns at Cambrai. »
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale / Bibliothèque et Archives Canada / PA-002283.

Lieutenant Harcus Strachan, Croix de Victoria, Croix militaire

Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale / Bibliothèque et Archives Canada / PA-006699.

À l’est de Masnières, le Hampshire Regiment et le Worcestershire Regiment de la 88e brigade avaient atteint l’autre côté du canal St-Quentin, et les Worcesters faisaient alors des avancées sur la ville en provenance de l’est, tandis que les Terre-Neuviens arrivaient de l’ouest. Le résultat de l’attaque sur Masnières était toujours incertain lorsque la Brigade de cavalerie canadienne a reçu des rapports erronés indiquant que la 88e brigade avait capturé tous ses objectifs de l’autre côté du canal. Voyant la possibilité que la cavalerie puisse y aller, le brigadier-général J. E. B. Seely a ordonné au Fort Garry Horse (FGH) de traverser le canal.

Après avoir galopé vers une crête surplombant Masnières, l’escadron B ne pouvait plus répondre à la commande de faire demi-tour et a dû affronter l’ennemi seul. Les commandes initiales consistaient à capturer les quartiers généraux ennemis et à aller de l’avant pour traverser un autre canal. Le capitaine Campbell a été tué peu de temps après alors qu’il menait une attaque dans une ouverture des clôtures ennemies; le lieutenant Harcus Strachan a alors pris les commandes. L’escadron B s’est rapidement trouvé face à face avec un bataillon d’artillerie ennemie et il a pris les armes, éliminant le bataillon en entier. Ayant vu l’infanterie ennemie au loin, Strachan a fait tourner ses hommes pour l’attaquer aussi, ce qui a malheureusement causé la perte de plusieurs de ses hommes sous de lourds tirs de mitrailleuse.

L’escadron B, à plus de trois kilomètres des lignes ennemies et à l’abri sur un chemin enfoncé, n’avais plus qu’à attendre le reste de la Brigade de cavalerie canadienne qui, il ne le savait pas, n’allait plus venir. Alors qu’il prenait abris, l’escadron a trouvé et coupé trois lignes téléphoniques ennemies. Alors que l’obscurité s’installe, avec seulement 43 hommes et l’ennemi refermant l’étau de trois côtés, Strachan a foulé les chevaux qui restaient pour attirer l’attention de l’ennemi, pendant que les hommes marchaient pour atteindre des lignes alliées. Toujours insatisfait de ce qui avait été accompli cette journée-là, ils ont attaqué de nombreux ennemis à la baïonnette, revenant plus tard dans les lignes du Newfoundland Regiment aux petites heures du matin le 21 novembre avec pas moins que 15 prisonniers.

Pour ses actions et son leadership à Cambrai, le lieutenant Harcus Strachan a reçu la Croix de Victoria. Il possédait déjà une Croix militaire pour ses actions à St-Quentin en mai 1917.

Harcus Strachan est né en Écosse et a immigré au Canada en 1908. Il s’est enrôlé en 1915. Strachan est retourné au Canada après la guerre et il est décédé à Vancouver, en Colombie-Britannique, en 1982.

« 38 N.C.O.s and Men of Fort Garry Horse who took part in famous charge. December, 1917. »
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale / Bibliothèque et Archives Canada / PA-002517.

 

10 novembre 1917 – Finale de la Bataille de Passchendaele

« Passchendaele, désormais un champ de boue. Novembre 1917. »
Crédit: Bibliothèque et Archives Canada / PA-040139.

En ce jour en 1917, le Corps canadien a entamé la phase finale de la bataille de Passchendaele. Avec la prise subséquente des hauteurs de Vindictive Crossroads et de la côte 52, l’offensive de Passchendaele s’est conclue. Lors de la dernière journée, il y a eu 1094 victimes canadiennes de plus, incluant 420 morts. Au total, le nombre de victimes canadiennes s’est élevé à 15 654 pour la bataille de Passchendaele (Nicholson, Canadian Expeditionary Force – 1914 – 1919, p. 327).

Cent ans plus tard, c’est le souvenir de toute cette boue, cette misère et cette destruction qui perdure dans la mémoire collective au sujet de cette parcelle de terre épouvantable.

Épitaphes de la Première Guerre Mondiale
Partie IV

No one knows how much I miss you
No one knows the bitter pain
I have suffered since I lost you.
Life has never been the same.
In my heart your memory lingers
Sweetly tender, fond and true
There is not a day, dear Gordon
That I do not think of you.

Sergent Clifton Gordon Carpenter, 1er (« Western Ontario ») bataillon.

Clifton Gordon Carpenter est né en 1898 à Montréal, au Québec. Son père, Silas, a servi de premier chef de l’équipe de détectives de Montréal avant de déménager sa famille en Alberta en 1912. Lorsqu’il était jeune, Gordon était un grand sportif; il a joué au curling, patiné, joué au hockey et joué au baseball. Il adorait aussi le plein air. (Remarque : il utilisait son deuxième nom et a même signé ses documents d’engagement par Gordon Clifton Carpenter).

Lorsque la guerre a éclaté, la taille de Gordon semblait le prédestiner pour le service militaire, tellement qu’on l’arrêtait sur la rue pour lui demander pourquoi il n’était pas dans l’armée. En novembre 1915, Gordon s’est donc enrôlé au sein du 82bataillon à Calgary, en mentant au sujet de son âge (il n’avait que 17 ans). Dans son journal, il avait indiqué qu’il se sentait seul durant l’entraînement à Calgary, sans sa famille pour lui rendre visite. Avant de partir pour l’est, il a pu voir sa famille une dernière fois à Banff et il est même arrêté à Montréal pour rendre visite à des membres de sa famille.

Une fois en Angleterre, son journal portait sur l’entraînement, des visites à Folkestone, Shorncliffe et Hythe pour aller voir des films, manger au restaurant et jouer au baseball. Plus tard, après de nombreux renforts, Gordon s’est joint au 1er bataillon (Western Ontario) à la fin du mois d’avril 1917. En septembre 1917, il a été promu sergent, après le décès du Adam Young, numéro de service 406219 (présumément le prédécesseur de Gordon). Il a été envoyé à l’école de formation du Corps d’armée canadien et il a rejoint le bataillon le 3 novembre 1917.

Seulement trois jours plus tard, le 6 novembre 1917, durant la troisième phase de l’attaque du Corps canadien à Passchendaele, le 1er bataillon s’est avancé sur le village de Mosselmarkt. Malheureusement, juste au moment où les Canadiens allaient atteindre leurs derniers objectifs, un obus ennemi a frappé Gordon, le tuant sur le coup. Dans la boue et la destruction du champ de bataille de Passchendaele, le corps de Clifton Gordon Carpenter n’a jamais été retrouvé et son nom apparaît sur le monument commémoratif en hommage aux disparus à Ypres (Porte de Menin).

Comme Gordon a été porté disparu, sa famille n’a jamais eu la possibilité de déposer une épitaphe sur une pierre tombale pour lui. Toutefois, sa mère endeuillée, qui n’a jamais pu accepter d’avoir perdu son fils, a fait une entrée dans son journal personnel, laquelle étant peut-être la dernière épitaphe qu’elle n’a pas pu faire graver dans la pierre :

No one knows how much I miss you
No one knows the bitter pain
I have suffered since I lost you.
Life has never been the same.
In my heart your memory lingers
Sweetly tender, fond and true
There is not a day, dear Gordon
That I do not think of you.

L’histoire de Clifton Gordon Carpenter a été portée à notre attention par sa famille, qui espérait aider à commémorer le centenaire de son décès et de la bataille de Passchendaele. L’ensemble des notes, des détails de journal et les photographies font partie de la collection familiale.

6 novembre 1917 – Croix de Victoria
Une action centenaire

Le 6 novembre 1917, les 1re et 2divisions canadiennes se sont jointes à l’attaque sur Passchendaele, après avoir libéré les 3e et 4e divisions canadiennes à la ligne bleue durant la nuit du 4 au 5 novembre. Les objectifs pour le 6 novembre comprenaient alors le village de Passchendaele lui-même et les petits hameaux de Mosselmarkt et de Goudberg, compris dans les limites de la ligne verte. 

Encore une fois, la boue était bien présente et les Canadiens devaient avancer dans des marais qui leur allaient jusqu’aux genoux ou jusqu’à la taille. (Nicholson, Canadian Expeditionary Force, 1914-1919, p. 324) Pendant ce temps, dans le ciel, des pilotes des deux côtés se bombardaient l’un l’autre. (Nicholson, Canadian Expeditionary Force, 1914-1919, p. 324) 

En dépit de tout ceci, les Canadiens faisaient des avancées rapides. À Mosselmarkt, la surprise a causé la reddition de quatre officiers et de 50 autres rangs de la casemate menaçante et la ligne verte a été sécurisée en moins de deux heures. (Nicholson, Canadian Expeditionary Force, 1914-1919, p. 324) Au sud, en trois heures, le village de Passchendaele a été capturé, avec l’aide du soldat Private James Robertson, qui a reçu la Croix de Victoria à titre posthume pour ce qu’il a fait. À la fin de la journée, on a compté 2 238 victimes canadiennes, dont 734 hommes tués au combat ou ayant succombé à leurs blessures. (Nicholson, Canadian Expeditionary Force, 1914-1919, p. 325) Deux autres Canadiens se sont mérité la Croix de Victoria pour leurs actions, établissant à neuf le nombre de Canadiens médaillés durant la bataille de Passchendaele.

Colin Fraser Barron, CV

Sergent Barron (à droite) avec confrère canadien Cecil Kinross, en Angleterre pour recevoir leurs médailles de la Croix de Victoria.
Crédit : ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-006672.

Colin Fraser Barron est né à Mill of Boyndie, Banffshire, en Écosse, émigrant au Canada en 1910. Il a travaillé à Toronto comme camionneur avant de s’enrôler le 11 janvier 1915 au sein du 35e bataillon.

Le 31 juillet 1915, il s’est joint au 3e bataillon (Toronto Regiment)  comme renforcement en France. Sa première année en France a été marquée par la maladie, ayant été hospitalisé pour une bronchite, une infection au pied, une gastroentérite (diarrhée infectieuse) et une gonorrhée. Le 24 avril 1917, il s’est finalement rejoint à l’unité durant une longue période de bonne santé et, le 22 août 1917, il a été promu caporal.

Commentaire officiel pour la Croix de Victoria du caporal Collin Fraser Barron, CV. (avant-dernière entrée du bas dans la colonne de droite).
Crédit : The London Gazette, date de publication : 8 janvier 1918, supplément : 30471, page : 723.

Le 6 novembre 1917, le 3e bataillon a reçu la tâche de protéger le flanc gauche du Corps canadien au nord. Trois cent cinquante verges au sud-est de Vapour Farm, où le petit groupe de combattants de George Randolph Pearke avait gardé position le 30 novembre 1917, les Allemands occupaient un autre poste solide à Vine Cottage. Avant que le 3e bataillon puisse atteindre Goudberg Spur, Vine Cottage devait être capturé. 

Comme cela avait été le cas le 30 octobre, les terrains marécageux des affluents du ruisseau Lekkerboterbeekont ont fait en sorte que les hommes ont dû mener une lutte acharnée, alors que la compagnie de Barron s’attaquait précisément à Vine Cottage. Lorsque les Canadiens se sont trouvés sous les tirs massifs de pas moins que six mitrailleuses, le caporal Barron s’est réfugié dans un flanc. Prenant une position ouverte, Barron a déposé sa mitrailleuse Lewis et a lancé un jet de tirs précis, assommant méthodiquement une équipe ennemie après l’autre. Deux équipes ayant été éliminées, Barron s’est avancé avec sa baïonnette, éliminant quatre autres ennemis et faisant battre les autres en retraite avant que son peloton puisse le rejoindre. S’emparant de l’une des mitrailleuses ennemies, Barron lui a fait faire demi-tour et a attaqué l’ennemi en déroute avec des tirs dévastateurs. Le point fort à Vine Cottage est alors devenu dans les mains des Canadiens, Goudberg Spur suivant peu de temps après.

Pour ses actions ce jour-là, Colin Fraser Barron a reçu la Croix de Victoria. Il a survécu à la guerre au rang de sergent. Barron s’est plus tard enrôlé à nouveau au début de la Deuxième Guerre mondiale, au service du Canada. Il a survécu à cette guerre également et il est décédé à Toronto en 1958. 

 

James Peter Robertson, CV

Soldat James Peter Robertson, CV.
Crédit : Bibliothèque et Archives Canada/C-0026832.

James Peter Robertson est né à Picton County, en Nouvelle-Écosse, en 1883. Il avait presque 32 ans, travaillant comme ingénieur ferroviaire en Alberta, lorsqu’il s’est enrôlé le 14 juin 1915. En Angleterre à l’été de 1916, il a été ajouté à la Lord Strathcona’s. Horse (Royal Canadians), mais il a été envoyé au 11e bataillon d’infanterie de la Réserve deux mois plus tard. Deux semaines plus tard, il a été envoyé comme renforcement au 27e bataillon (City of Winnipeg), se joignant à l’unité en France en novembre 1916. 

Robertson s’est avéré un soldat difficile, son dossier de service indiquant certains de ces moments les plus mouvementés à l’étranger. Peu de temps après son arrivée en France, il a été hospitalisé pour ce que l’on soupçonnait être une grippe, celle-ci s’étant rapidement développé en une ulcération de la langue. Comme ces maux n’étaient pas guéris la deuxième semaine de décembre, on a rapidement déterminé qu’il était atteint de syphilis. Robertson a alors été puni, perdant son indemnité de 50 cents par jour pour la durée de son hospitalisation (54 jours). Les problèmes de Robertson ne se sont pas arrêtés là. En juillet 1917, il a perdu trois jours de paie pour avoir désobéi à l’ordre d’un officier supérieur en se trouvant dans un café durant les heures interdites. En septembre 1917, il a reçu une punition de 10 jours pour infraction d’ivresse.

Le 6 novembre 1917, Robertson était dégagé de toute mesure disciplinaire et de retour au sein du bataillon, prenant part à l’attaque sur le village de Passchendaele. Lorsque l’avancée de son peloton a été prise en échec par des barbelés et des tires de mitrailleuses ennemis, Robertson s’est faufilé pour atteindre le flanc. Chargeant l’arme lui-même, il a éliminé quatre membres de l’équipe dans une mêlée désespérée. Prenant charge de la mitrailleuse qu’il venait de capturer, Robertson l’a retourné et il a fait feu sur l’ennemi maintenant en retraite. Il a ensuite mené l’avancée de son peloton contre la dernière cible avec la mitrailleuse en question dans les bras, l’utilisant à nouveau pour éliminer les groupes ennemis en retraite. Plus tard dans la journée, deux tireurs d’élite canadiens ont été blessés alors qu’ils se trouvaient devant la tranchée. Ignorant le danger, Robertson est sortie de sa cachette et a transporté le premier blessé à un endroit sécuritaire. Lorsqu’il est retourné pour la deuxième victime, on a vu Robertson tomber, présumément blessé, mais il s’est relevé et il a transporté le tireur d’élite blessé. Juste au moment où il atteignait une sécurité relative avec le deuxième homme, un obus a explosé tout près et Robertson a été tué instantanément.

Pour ses actions ce jour-là, James Peter Robertson a reçu la Croix de Victoria à titre posthume. Enterré sur le terrain, son corps a plus tard été exhumé et enterré à nouveau dans le cimetière Tyne Cot.

Commentaire officiel pour le Croix de Victoria du soldat James Peter Robertson, CV. (dernière entrée dans la colonne de droite avec suite dans le haut de la page 725).
Crédit : The London Gazette, date de publication : 8 janvier 1918, supplément : 30471, pages : 724.
Crédit : The London Gazette, date de publication : 8 janvier 1918, supplément : 30471, pages : 725.