Sergent Filip Konowal, V.C. 
Une action centenaire

Filip Konowal, alors caporal, à Londres, avant de recevoir sa Croix de Victoria.
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-006732.

22-24 août 1917

Filip Konowal, alors caporal, photographié à Londres après avoir reçu la Croix de Victoria.
© IWM (Q 69170)

Filip Konowal a immigré au Canada, en provenance de la Sibérie, en 1913. Né dans ce qui est aujourd’hui l’Ukraine, Konowal avait servi comme instructeur de combat à la main et à la baïonnette dans l’armée impériale russe avant de travailler comme bûcheron dans une compagnie d’exploitation du bois en Sibérie. En 1916, il s’est enrôlé dans le 77e Bataillon (Ottawa), mais une fois outre-mer, il a été transféré dans le 47e Bataillon  (Colombie-Britannique).   

Durant les batailles de la côte 70 et de Lens, Konowal a servi au sein d’un groupe de ratissage, avançant derrière la première vague, se débarrassant des pochettes de résistance ennemie encore présentes. À plusieurs occasions, Konowal est descendu seul dans les sous-sols et les caves sombres qui avaient été convertis en postes de mitrailleuses, attaquant des équipages ennemis entiers avec des massues et des baïonnettes, émergeant chaque fois sans une seule égratignure. À un certain moment, il a foncé sur un groupe de sept soldats qui se déplaçaient à vue, les abattant tous (Bureau canadien des registres de guerre, Thirty Canadian V.Cs., p.60). Durant l’une de ses dernières actions, il a pénétré dans un tunnel près de Fosse 4, lançant deux charges d’ammonium sur une garnison avant de foncer sur elle avec une baïonnette, et éliminant le poste entier (Bureau canadien des registres de guerre, Thirty Canadian V.Cs., p.60). Le sergent Konowal a peu après été grièvement blessé par un coup de feu au cou et à la figure. Il a été évacué, a récupéré et a même servi au sein du Corps expéditionnaire canadien en Sibérie plus tard durant la guerre. 

Cependant, tout comme cela fut le cas pour un autre récipiendaire de la Croix de Victoria, le soldat Michael O’Rourke, la vie du sergent Filip Konowal après la guerre a été marquée par la tragédie. Le jour après avoir mené la Parade de la paix des vétérans au travers des rues du centre-ville d’Ottawa, le 19 juillet 1919, Konowal allait être accusé du meurtre au couteau de William (Vasyl) Artich à Hull, au Québec. L’ami de Konowal, Leonti Diedek, avait été attaqué par Artich, et Konowal a porté secours à Diedek. Durant la lutte qui s’en est suivie, durant laquelle Artich a frappé Konowal sur le crâne et a ensuite coupé et poignardé son bras, Konowal a pris le contrôle du couteau, frappant Artich une seule fois, droit au cœur. Lorsque la police est arrivée, Konowal se tenait calmement sur la scène du crime et a affirmé de façon stoïque: « J’en ai tué 52 (à la guerre), c’est le 53» (Sorobey, “FilipKonowal, VC: The Rebirth of a Canadian Hero, Canadian Military History, Vol. 5: Iss. 2, Article 6).  

Un plus vieux Filip Konowal, photographié après la guerre. Les cicatrices et les traumatismes de ses blessures sont devenus plus évidents alors qu’il a pris de l’âge.
Crédit: Vladimir J. Kaye/Bibliothèque et Archives Canada/C-010023.

Mis au banc des accusés, Konowal a reçu un soutien inébranlable de la part de l’Association des vétérans de la Grande Guerre (un précurseur à la Légion royale canadienne), et des fonds ont été amassés pour assurer sa défense. Il a été déterminé que les blessures et traumatismes soufferts par Konowal durant la guerre avaient causé du dommage à son cerveau, donnant lieu à des hallucinations et des sautes d’humeur dramatiques. (Parfois, il croyait qu’il était encore à la côte 70, et les étrangers étaient des ennemis attaquant ses hommes) Reconnu comme n’étant pas criminellement responsable du meurtre, Konowal a été admis à l’hôpital Satin Jean de Dieu de Montréal (maintenant nommé Institut universitaire  en santé mentale de Montréal) le 27 avril 1921. 

Approximativement sept ans plus tard, après un traitement progressif et un rétablissement stupéfiant, Konowal a été relâché. Trouver un emploi tout comme le monde glissait dans la Grande Dépression était particulièrement difficile, mais grâce à un heureux hasard, Konowal a trouvé un poste au sein du personnel d’entretien des édifices du parlement. Lors d’une autre rencontre fortuite, William Lyon Mackenzie King, le premier ministre de l’époque, a remarqué les rubans de médailles épinglés à l’uniforme d’entretien de Konowal, incluant le ruban cramoisi de la Croix de Victoria. À partir de ce moment, Konowal fut assigné comme concierge personnel et messager de la chambre no.16, soit le bureau du premier ministre sur la Colline du Parlement. 

Plusieurs années plus tard, des groupes de vétérans et des branches de la Légion royale canadienne allaient être nommés en l’honneur de Filip Konowal, et plusieurs plaques allaient être érigées à travers le pays. Des fonds allaient aussi être recueillis afin de l’aider à aller en Angleterre pour rencontrer la famille royale lors du centenaire de la création de la Croix de Victoria. Plus récemment, la ville natale de Konowal en Ukraine, Kutkivtsi (Kudkiv), a dévoilé un grand mémorial de pierre et de bronze à son nom; la ville de Lens, en France, a dévoilé une plaque et un bas-relief; et le nouveau mémorial de la côte 70, dévoilé en avril 2017, inclut un chemin nommé « chemin Konowal ». Il semblerait aussi que, malgré qu’il ait cru qu’elles avaient été tuées lors des purges de Stalin, la femme et la fille de Konowal avaient en effet survécu, et que ses petits-enfants seraient encore vivants aujourd’hui à Kutkivtsi (Kudkiv), en Ukraine.  

Filip Konowal, décédé le 3 juin 1959, est enterré au cimetière Notre-Dame-de-Lourdes à Ottawa, en Ontario.  

La citation officielle pour la médaille de Filip Konowal, alors caporal, V.C (deuxième à partir du bas, colonne de gauche).
Crédit: The London Gazette, date de publication:  23 novembre 1917, supplément:  30400, page: 12329.

Pour une histoire plus complète de la vie du sergent Filip Konowal, V.C., consultez: Sorobey, Ron (1996), “FilipKonowal, VC: The Rebirth of a Canadian Hero,Canadian Military History: Vol. 5 : Iss. 2 , Article 6.  Disponible au: http://scholars.wlu.ca/cmh/vol5/iss2/6 

Note de l’éditeur – Il existe quelques contradictions au sujet des dates durant lesquelles les actions qui ont mené à la Croix de Victoria de Konowal ont eu lieu. Plusieurs sources affirment que cela s’est déroulé sur une période de deux jours, du 22 au 24 août 1917. Cependant, son rapport de service indique que Konowal aurait été sérieusement blessé le 21 août 1917 et admis à l’hôpital. Il est clair que Konowal a été gravement blessé à un certain moment durant la bataille, mais si ses actions ont eu lieu durant le ratissage de l’attaque de Lens, alors les dates du 22 au 24 août 1917 sont plus plausibles. L’attaque de Lens n’a pas débuté avant les petites heures du matin le 21 août 1917. Toutefois, dans le brouillard du combat dans les tranchées, il est possible que Konowal se soit trouvé à se battre la journée avant que l’attaque de Lens ne commence officiellement, et cela pourrait avoir été pris en considération dans la « période de deux jours ».  

 

 

 

La bataille de Lens
Une action centenaire

21 au 25 aoû1917 

« 124th Pioneer Battalion resting outside a shrapnel shattered house near Lens. September, 1917. »
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-001862.

Avec le succès remporté par le Corps expéditionnaire canadien lors de la bataille de la côte 70, Currie avait maintenant jeté son dévolu sur la ville derrière la colline: Lens. Malgré qu’elle avait forcé les Allemands à livrer une bataille coûteuse leur ayant infligé quelque 20 000 pertes, la prise de la côte 70 ne les avait pas forcés à se retirer de la ville. Currie avait originalement planifié la bataille de la côte 70 afin d’éviter de devoir forcer le Corps canadien à attaquer une ville fortifiée, ce qu’il n’avait jamais fait auparavant, mais avec l’absence d’un retrait des Allemands et une pression croissante de la part de son supérieur, Currie a été forcé de considérer tenter d’envahir Lens.  

Avec la contribution de ses commandants divisionnaires, Currie a ordonné aux 2e et 4e Divisions d’avancer sur la ville dans une attaque serrée et inquisitrice. La première attaque a eu lieu à 4 h 35 le 21 août avec des bataillons des deux divisions avançant de leurs lignes jusqu’aux limites de la ville. Ils ont été accueillis avec une résistance extrêmement puissante, et dans le labyrinthe des caves fortifiées, des maisons en ruines et des rues bloquées, ils étaient constamment harcelés par les Allemands. À la fin de la journée, les Canadiens ont été forcés de se retirer; ils avaient perdu 1154 soldats en une seule journée.  

Currie savait maintenant ce qui l’attendait à Lens, une puissante force allemande, mais il a fait une erreur de calcul non caractéristique: plutôt que de bombarder Lens depuis les airs, et d’ainsi éviter une bataille à l’intérieur de la ville, il a décidé d’y envoyer la 4e Division de nouveau afin d’essayer de s’emparer de Green Crassier, une grande étendue de déchets au sud de la ville. Le 44e Bataillon a reçu l’ordre de marcher sur Lens le 23 août et d’essayer de s’emparer du crassier, et alors qu’il a initialement réussi à s’en emparer, il a fini par devoir le tenir tout en étant coupé de toutes communications et sans renfort. Le 44l’a tenu jusqu’à la fin de la journée le 24 août, mais a dû de retirer, et Currie a suspendu l’opération de Lens le 25 août 1917. La ville est demeurée en mains allemandes jusqu’au retrait général des Allemands en 1918. Le nombre total de pertes du 15 au 25 août s’est élevé à 9198 soldats tués, blessés ou disparus. 

 

Avancées technologiques| 

« Canadians wounded at Lens on way to Blighty via Light Railway, September 1917. »
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-001823.

La bataille à Lens a démontré un type de combat qui allait devenir central à la Deuxième Guerre mondiale: le combat en milieu urbain. Saisir la ville demandait au Corps expéditionnaire canadien de passer à travers chaque rue de Lens afin de les vider de toute force ennemie restante, ce pour quoi il n’avait pas les ressources ni la formation nécessaires. Lens a été la dernière fois ou le corps s’est battu dans une ville jusqu’à la bataille de Valenciennes, en 1918.  

Personnalités| 

Corporel Filip Konowal (47e (Colombie-Britannique) Bataillon)- Immigrant provenant de ce qui est maintenant l’Ukraine, Filip Konowal était un vétéran de l’armée russe qui s’est enrôlé en 1915. Son bataillon faisait partie de la 4e Division et a été déployé dans la ville de Lens le 21 août 1917. Pour une durée de deux jours, Konowal a été occupé à vider les caves de la ville, et il a attaqué à lui seul deux nids de mitrailleuses, tuant leurs équipages et détruisant leurs fusils. Il a reçu la Croix e Victoria pour sa bravoure, le seul Ukrainien à avoir reçu cet honneur. La vie de Konowal à la suite de la guerre a été tragique: sa famille en Ukraine a été tuée lors du plan de collectivisation de Stalin dans les années 1930, et Konowal n’est jamais retourné dans sa terre natale. Il a été accusé de meurtre en 1919 et a passé du temps dans un hôpital psychiatrique, avant de trouver du travail comme concierge à la Chambre des Communes. 

Le sergent-major de compagnie Robert Hill Hanna (29th (Vancouver) Battalion) est le deuxième Canadien à avoir reçu la Croix de Victoria à Lens. Les deux sont comptées comme des reconnaissances pour la bataille de la côte 70.

« Un docteur canadien examine des Canadiens blessés avant de quitter un poste de soins près de Lens. Septembre 1917. »
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-003816.

Sergent Frederick Hobson, VC  & Major Okill Massey Learmonth, VC, MC 
Une action centenaire

Sergent Frederick Hobson, VC

Le Sergent Frederick Hobson, VC.
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale, 2017.

Le 15 août 1917, à l’âge de 41 ans, le sergent Frederick Hobson, de Galt/Cambridge, en Ontario, a participé à l’attaque de la côte 70 aux côtés des hommes de la compagnie « A  » du 20e Bataillon (centre de l’Ontario). Dégageant une section des tranchées ennemies connue sous le nom de Nabob Alley, le sergent Hobson et ses hommes ont établi une position de blocage pour les inévitables contre-attaques. Pendant les trois jours suivants, le poste a tenu bon, jusqu’au moment ou un lourd bombardement au petit matin, le 18 août, a éradiqué le quartier général du 20Bataillon ainsi que tous les fusils Lewis, à l’exception de l’un d’entre eux, dans les positions avancées. Alors que l’unique fusil Lewis a commencé à tirer, un obus allemand l’a frappé, enterrant le fusil et le seul survivant de l’équipage dans la boue et les débris. Comprenant ce qui se passait, Hobson s’est élancé pour déterrer l’homme.

« Nous nous en sommes tirés de justesse », a dit le survivant, le soldat A.G. Fuller.  « Oui j’imagine: déterrons le fusil » a répliqué Hobson. (Bureau canadien des registres de guerre, Thirty Canadian V.Cs., p. 52) Alors qu’ils ont commencé à creuser, l’ennemi s’est mis à tirer sur eux et à avancer au travers de la terre abandonnée.

« Une balle a frappé Hobson, mais il n’a pas porté attention à sa blessure. Ensemble, lui et Fuller ont remis le fusil en position et se sont mis à tirer sur les Allemands, qui déferlaient en masses dans la tranchée. Ils réussissaient à bien repousser l’ennemi lorsque le fusil a bloqué. Hobson a alors pris son arme. “Je vais les retenir”, a-t-il dit à Fuller, “si tu répares le fusil!” » (Bureau canadien des registres de guerre, Thirty Canadian V.Cs., p. 52)  

Déjà blessé, le sergent Hobson a chargé contre le groupe qui pénétrait la tranchée, les repoussant avec son arme, une massue et une baïonnette. Au cœur de la mêlée, un simple coup de fusil a atteint le sergent Hobson, le tuant tout juste comme le soldat Fuller était parvenu à réanimer le fusil Lewis, mettant fin à la menace ennemie. Du renfort est arrivé quelques minutes plus tard. Le sergent Frederick Hobson a reçu la Croix de Victoria à titre posthume. Son corps a été perdu dans le combat qui s’en est suivi, et il est donc commémoré au Mémorial national du Canada à Vimy. 

Page 1 - La citation officielle de la médaille pour le sergent Frederick Hobson, VC (bas de la colonne de droite). 
Crédit: The London Gazette, date de publication: 16 octobre 1917, supplément: 30338, page: 10677.
Page 2 – La citation officielle de la médaille pour le sergent Frederick Hobson, VC (haut de la colonne de gauche). 
Crédit: The London Gazette, date de publication: 16 octobre 1917, supplément: 30338, page: 10678.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le MajorOkillMasseyLearmonth, VC, MC 

« Le major O.M. Learmonth, M.C., D.S.O. (tué) » (Droite) 
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-007451.

Ayant déjà reçu la Croix militaire pour ses actions précédentes en 1917, le major Okill Massey Learmonth, de la ville de Québec, a participé à l’attaque sur la côte 70 avec le 2e Bataillon (Régiment de l’est de l’Ontario). Le 18 août, ayant tenu sa ligne pendant trois jours,  le 2e Bataillon n’avait plus en ses rangs que 614 hommes lorsque l’ennemi a laissé déferler sur eux un terrifiant bombardement dans les petites heures du matin. Attaquant avec des lance-flammes, l’ennemi a été capable de pénétrer les tranchées du 2e Bataillon avant qu’une mission de bombardement ne puisse les en déloger.

Les attaques ont continué toute la matinée, avec Learmonth chargeant personnellement sur une force ennemie qui menaçait toute sa compagnie, attrapant et relançant les grenades ennemies et criant des encouragements depuis le parapet. Blessé deux fois, il a « continué comme s’il était parfaitement en santé et sans une égratignure » (Bureau canadien des registres de guerre, Thirty Canadian V.Cs., p.57). Une troisième blessure a cassé la jambe de Learmonth mais n’a pas réussi à briser son esprit. « Gisant dans la tranchée, il a continué à diriger ses hommes, à les encourager, à les applaudir, à les conseiller » (Bureau canadien des registres de guerre, Thirty Canadian V.Cs., p.57). Alors que les attaques ennemies se sont tranquillement dissoutes, Learmonth a finalement été installé sur une civière et emporté, transmettant d’importants détails à ses officiers juniors en chemin. Il allait mourir le même jour de ses blessures, à l’hôpital.   

Le major Okill Massey Learmonth, VC, MC a reçu la Croix de Victoria à titre posthume et à plus tard été enterré au cimetière communal de Nouex-les-Mines. Il avait 23 ans.

La citation officielle pour la médaille du major Okill Massey Learmonth, VC (colonne de gauche). 
The London Gazette, date de publication:  6 novembre  1917,  supplément: 30372, page: 1567.

Soldat Michael James O’Rourke, VC, MM
Une action centenaire

15-17 août 1917

Le soldat Michael James O’Rourke, V.C., M.M., représenté ici en novembre 1917 avec les rubans des deux médailles exposées sur sa tunique. 
Crédit: Ministère canadien de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-002250.

Né dans les années 1870 (les dates varient), Michael James O’Rourke a émigré de  Limerick, en Irlande, à Victoria, en Colombie-Britannique. Avant de s’enrôler, O’Rourke travaillait comme mineur et creusait des tunnels pour des projets d’infrastructure majeurs du chemin de fer du Canadien Pacifique. Le 8 décembre 1916, O’Rourke a reçu la Médaille militaire pour sa bravoure durant son service au sein du 7e Bataillon (1er, Colombie-Britannique) à la Somme. Bien qu’il était un porteur de civière sans arme, O’Rourke a lancé une offensive personnelle contre une contre-attaque allemande en pleine avancée, repoussant l’ennemi pendant quelques heures.  

Lorsque le 7e Bataillon a participé à l’attaque sur la côte 70, seize porteurs de civière, dont O’Rourke, sont entrés dans le combat; deux ont été tués et onze ont été blessés, « parce que les Allemands tiraient dessus alors qu’ils s’affairaient à transporter les blessés hors du champ de bataille. Pendant ces jours et nuits, O’Rourke a travaillé incessamment afin de secourir les blessés, pansant leurs blessures au milieu des tirs et leur amenant nourriture et eau… plusieurs fois, il a été renversé et partiellement enterré par les explosions des obus. Une fois, voyant un camarade qui avait été aveuglé tituber en pleine vue de l’ennemi, qui tirait dessus, O’Rourke a sauté hors de la tranchée afin de le ramener… »  

La bravoure et le travail de sauvetage d’O’Rourke pendant plus de trois jours et trois nuits (du 15 au 17 août 1917) de bataille incessante ont été reconnus par l’attribution de la Croix de Victoria.   

Le soldat Michael James O’Rourke, VC, MM,  démontrait déjà des signes de stress post-traumatique en avril 1918, tel que noté ici dans ses formulaires médicaux. (Voir section 9).
Crédit: Ministère canadien de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/Référence : RG 150, versement 1992-93/166, boîte 7484 – 42
Numéro d’item : 544552.

Le soldat Michael James O’Rourke, VC, MM, a réussi a survivre à la guerre, mais la vie après n’était pas facile. Des traumatismes émotionnels et physiques ont mené à ce qui serait aujourd’hui sans aucun doute diagnostiqué comme un trouble de stress post-traumatique. O’Rourke était incapable d’obtenir un travail stable, se promenant sur la côte ouest d’un emploi à l’autre, étant plus ou moins pauvre, et survivant grâce à une maigre pension d’invalidité. En 1935, il a notamment été placé à la tête d’une grève des débardeurs de Vancouver qui s’est terminée avec la bataille du quai Ballantyne.    

La vie d’O’Rourke est un triste exemple du traitement des vétérans après la guerre, bien que ses funérailles aient offert un dernier honneur à un homme brisé et appauvri. Les articles des journaux affirment que la procession comprenait au moins sept autres récipiendaires de la Croix de Victoria, des fonctionnaires de la ville, des officiers militaires, les autres vétérans du 7e Bataillon, ainsi que d’anciens collègues des quais et de vieux amis sans abri. Le soldat Michael James O’Rourke, VC, MM, est enterré au Forest Lawn Memorial Park à Burnaby, en Colombie-Britannique, sous une pierre tombale modeste.

La citation officielle de la médaille pour le soldat Michael James O’Rourke, VC, MM  (inscription de la colonne de droite).
Crédit: The London Gazette, date de publication: 6 November 1917, supplément: 30372, page: 11569.

 

 

 

 

Soldat Harry Brown, VC
Une action centenaire

16 août 1917

Soldat Harry Brown, VC. 
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale, 2017.

Le soldat Harry Brown, de Gananoque, en Ontario, a servi au sein du 10e Bataillon (Canadiens) durant l’attaque de la côte 70. Le 16 août 1917, alors qu’un modeste poste était renforcé par un petit groupe du bataillon, l’ennemi avait été vu se regroupant. Afin d’épargner le poste, le groupe avait désespérément  besoin d’artillerie pour pouvoir combattre les contre-attaques ennemies. À ce stade de la bataille, toutes les communications avec le quartier général avaient été coupées par les tirs d’obus. Le soldat Brown et un deuxième coureur avaient été envoyés avec une demande urgente de soutien de l’artillerie lorsqu’ils ont été pris à découvert par un barrage hostile. Le compagnon de Brown a été tué, alors que Brown, lui, a vu son bras fracassé. Transportant toujours le message, Brown a continué son chemin au travers des trous d’obus et des tranchées saccagées, se rendant lentement jusqu’a un abri équipé d’un téléphone qui fonctionnait.  

Regardant depuis un autre de ces abris, se trouvait un officier qui « scrutait la dévastation » lorsque soudainement, « une silhouette sombre a rampé hors de la ruine et s’est avancée vers l’abri. C’était un soldat, sans chapeau, pâle, sale, ravagé, avec un bras ensanglanté ballant à son côté ». (Bureau canadien des registres de la guerre, Thirty Canadian V.Cs., p. 46). Ayant atteint une sécurité relative, Brown s’est effondré dans les escaliers de l’abri souterrain, complètement épuisé, ne restant conscient qu’« assez longtemps pour tendre son message en précisant “message important” » (The London Gazette, date de publication: 16 octobre 1917, supplément: 30338, page: 10678). Avec son message livré et du soutien d’artillerie en chemin, Brown a glissé dans l’inconscience, mourant de ses blessures quelques heures plus tard dans une station de pansement, aux petites heures du matin, le 17 août 1917. Le soldat Harry Brown, VC, est enterré au cimetière communal de Noeux-les-Mines.   

La citation officielle de la médaille pour le soldat Harry Brown, VC  (première inscription de la colonne de droite).
Crédit: The London Gazette, date de publication: 16 octobre 1917, supplément: 30338, page: 10678.

Bataille de la côte 70
Une action centenaire

Les Canadiens dans les tranchées capturées sur côte 70. août, 1917.
Crédit: Ministère canadien de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-001718 (modifiée de l’original). Colorisée par Canadian Colour.

15-18 août 1917 

Ayant eu lieu quatre mois après la bataille de la crête de Vimy, la bataille de la côte 70 a été le premier grand engagement canadien de l’été, et la première mise à l’épreuve du nouveau commandant du Corps expéditionnaire canadien, le lieutenant-général Arthur Currie. La ville de Lens, un centre industriel d’extraction du charbon surplombé au nord par la côte 70, était sous le contrôle des Allemands depuis 1914. L’attaque originale, assignée à Currie peu après qu’il soit devenu commandant du Corps expéditionnaire, prévoyait la capture de la ville avant la fin du mois de juillet. Currie croyait que la côte 70 était un objectif plus important, puisque d’en prendre le contrôle signifiait une position d’artillerie forte au-dessus de la ville, et plutôt que de gaspiller des vies à tenter de saisir Lens, qu’il vaudrait mieux de neutraliser la côte d’abord et de l’utiliser pour forcer les Allemands à venir les attaquer ensuite.  

Il a convaincu son supérieur, le général Henry Horne, de la valeur d’une attaque plus limitée lors d’une rencontre le 10 juillet, et la date de la bataille a été fixée à la fin du mois de juillet. Des retards causés par la mauvaise température ont déplacé la bataille au mois d’août. Malgré ce changement dans les plans, la côte 70 était toujours un objectif difficile, et Currie a bénéficié de moins d’un mois pour effectuer la planification et pour entraîner ses troupes. Comme son prédécesseur à Vimy, le général Byng, Currie voulait que ses hommes connaissent leur objectif exact, et, comme lui, il a utilisé les cartes, l’enseignement en classe et des champs de bataille à l’échelle afin de s’assurer que tous les soldats du Corps expéditionnaire savaient ce qu’ils devaient faire, et où ils devaient le faire.  

Le Corps est passé à l’attaque le 15 août à 4 h 25 sous un barrage rampant et un écran de fumée:

Lens, France. 1917.
Crédit: Ministère canadien de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-001872.

«…À 4 h 20, on aurait pensé que la terre avait explosé. Mon Dieu, c’était extraordinaire! Je ne sais pas combien de fusils nous avions, certains disent: un pour trois hommes… Dès le premier grondement, nous avons rempli les tranchées et avons commencé à bouger… Aucune force sur terre naurait pu nous empêcher de nous rendre sur le parapet afin de jeter un coup d’œil. Il faisait trop sombre pour pour voir les hommes avancer derrière le barrage, mais la ligne de tir – Dieux! Essayez dimaginer un long tuyau de gaz qui aurait été couvert de trous çà et là, puis auquel on aurait mis le feu. La flamme de chaque obus éclatait puis se mêlait à la flamme de lobus suivant. C’était parfait. C’était terrifiant. Les flammes étaient dotées de points noirs qui étaient des cailloux et de la boue… Après un temps, le barrage s’est dissipé. Seulement les cris des gros obus au-dessus de nos têtes et les vrombissements des avions, et le crump, crump, crump lourd des obus des Allemands derrière nous qui cherchaient des batteries. Ils auraient tout aussi bien pu essayer de repousser la mer entière avec un balai.»
(Watson, Letters of a Canadian Stretcher-Bearer, p. 156 – 157). 
 

Le plan de Currie prévoyait une attaque en trois phases: premièrement, saisir la ligne allemande à la crête de la colline, deuxièmement, saisir les tranchées dans la pente descendante vers Lens, et finalement, saisir le plus bas arc des tranchées, au pied de la côte. Les trois phases devaient être accomplies très rapidement afin que les Canadiens soient en position de répondre à l’attaque inévitable que susciterait Currie. En même temps, des bataillons de la 4e Division étaient engagés dans une fausse attaque contre Lens afin de détourner l’attention des Allemands de la côte 70 et de permettre plus de temps pour consolider les positions.  

Les attaques du 15 août se sont bien déroulées, avec la formation d’une nouvelle ligne de front canadienne faite de parties des deuxièmes et troisièmes objectifs, mais la contre-attaque des Allemands a débuté rapidement après les gains initiaux, la première commençant à 7 h. Le 16 août, la 2e Division a atteint ses objectifs sur la troisième ligne et la côte 70 a été considérée comme complètement saisie par les Canadiens. Des attaques au gaz massives de la part des Allemands ont rendu misérable la tâche de tenir la côte, et plusieurs soldats ont été les victimes du gaz moutarde, qui brûlait la peau et causait la cécité. À la fin de la journée du 18 août, les contre-attaques allemandes s’étaient calmées et le Corps expéditionnaire a passé les jours suivants à se ressaisir avant que le général Currie ne leur ordonne de se lancer dans la bataille suivante, le 21 août, sur la ville de Lens. Les six premiers jours de la bataille ont vu 5 600 soldats blessés, tués ou disparus.

« Dressing wounded Canadians during advance to Hill 70. August, 1917. »
Crédit: Ministère canadien de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-001598.

Avancées technologiques | 

« A wounded Canadian leads in a Boche whose nerves have been shattered during our advance on Hill 70. August, 1917. »
Crédit: Ministère canadien de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-001597.

 L’artillerie canadienne utilisait déjà des techniques de contre-barrage durant la bataille de la crête de Vimy, mais la côte 70 posait un défi particulier. Plusieurs des armes et des mitrailleurs canadiens avaient été déplacés pour soutenir la bataille britannique en cours à Passchendaele, laissant l’AC sous-équipée et utilisant des armes beaucoup plus anciennes. De plus, la température durant la période menant à la bataille avait été constamment mauvaise, rendant la localisation des armes ennemies beaucoup plus difficile. Cependant, l’artillerie canadienne a tout de même réussi à frapper 40 des plus de 100 batteries allemandes avant le début de l’attaque, et a continué à fournir du soutien avec un barrage rampant le 15 août.  

-Afin de nous préparer aux contre-attaques qui, nous le savions, allaient arriver, Currie a créé une zone de front complexe, comprenant des tirs entremêlés de mitrailleuses, de fusils et d’artillerie, qui serait mise en place lorsque le corps aurait atteint ses objectifs. Afin d’arriver dans les tranchées canadiennes, les Allemands devraient attaquer au travers d’un champ de tirs directs. L’idée de Currie dérivait de l’information qu’il avait apprise des Français à l’hiver 1917, qui avaient défendu la ville de Verdun en utilisant une technique similaire. 

-Les Canadiens tout comme les Allemands ont utilisé des gaz toxiques aux effets dévastateurs durant la bataille de la côte 70. L’attaque canadienne initiale à 4 h 25 s’est déroulée derrière un rideau de gaz et de fumée, ce qui a désorienté les forces allemandes dans la ville et ralenti leur réponse. Les Allemands ont utilisé du gaz moutarde le 18 août qui, contrairement au chlore, n’était pas immédiatement détectable, et plusieurs Canadiens ont été empoisonnés sans le savoir parce qu’ils ont attendu trop longtemps avant de mettre leur masque à gaz. 

Personnalités | 

Le lieutenant-général Arthur Currie – La côte 70 était la première bataille de Currie depuis sa promotion comme commandant du Corps expéditionnaire en juin 1917. La bataille comprenait déjà tous les signes distinctifs des succès subséquents de Currie en 1918: préparation minutieuse, coopération entre l’artillerie et l’infanterie, tactiques de prise et de maintien. Au terme de la guerre, Currie était considéré comme l’un des meilleurs généraux de l’armée britannique. 

Durant les attaques de la côte 70 et de Lens, six Canadiens ont reçu la Croix de Victoria.  

Private Harry Brown (10e Bataillon CEC) – Un messager, Brown a été gravement blessé, et son collègue tué alors qu’il livrait un message le 17 août 1917. Il a continué la livraison de son message jusqu’à s’évanouir suite à une trop grande perte de sang. Le soldat Brown est mort de ses blessures le même jour. 

Company Sergeant-Major Robert Hill Hanna (29e Bataillon CEC) – s’est élancé dans un nid de mitrailleuses ennemies avec quatre autres hommes et l’a capturé le 21 août 1917. Hanna avait immigré au Canada depuis l’Irlande avant la guerre.  

Sergeant Frederick Hobson (20e Bataillon CEC) – Le 18 août 1917, après qu’une position de fusil Lewis ait été enterrée et l’équipe tuée, Hobson a quitté sa tranchée, a déterré le fusil et a tiré sur les troupes allemandes qui attaquaient, jusqu’à ce qu’il soit tué.  

Corporal Filip Konowal (47e Bataillon CEC) – Konowal avait comme tâche de vider les caves occupées de la ville de Lens durant la deuxième phase de l’attaque de Currie, après la côte 70. Il a à lui seul attaqué deux nids de mitrailleuses avant d’être gravement blessé. Konowal a survécu à la guerre et s’est installé à Hull, au Québec.  

Major Okill Massey Learmonth (2e Bataillon CEC) – Le 19 août 1917, durant une contre-attaque allemande, Learmonth a été blessé, mais a refusé de laisser ses hommes, les dirigeant plutôt depuis le parapet, puis depuis le fond de sa tranchée, tout en lançant des grenades. Il est mort le même jour de ses blessures.  

Private Michael James O’Rourke (7e Bataillon CEC) – O’Rourke a servi comme porteur de civière à la côte 70 et a travaillé pendant trois jours sous un tir ennemi intense afin d’assurer l’évacuation des membres blessés de son bataillon. Il a survécu à la guerre et a été à la tête d’une grève des débardeurs de 1000 hommes à Vancouver en 1935.     

 

La photo d’aujourd’hui a été colorée dans le cadre du projet “La Première Guerre mondiale en couleur” de la Fondation Vimy. Pour en savoir plus sur ce projet, et voir d’autres photos, veuillez suivre ce lien : http://www.fondationvimy.ca/projets/

Essex Farm cimetière

Aujourdhui, le groupe du prix Beaverbrook Vimy visite le cimetière Essex Farm, le mémorial de Passchendaele, et participera à la cérémonie de la Dernière sonnerie à la Porte de Menin. Emai 1915, on croit que le lieutenant-colonel John McCrae, du Corps médical de larmée canadienne, a écrit le poème Au champ dhonneur alors quil était posté au cimetière Essex Farm. Afin de souligner le centenaire de la troisième bataille dYpres, les historiens de la Commonwealth War Graves Commission ont diffusé une série de vidéos en direct pendant quils visitaient des sites de la CWGC.Aujourdhui, nous partageons lenregistrement fait au cimetière Essex Farm.

https://www.facebook.com/commonwealthwargravescommission/videos/10154839965761094/ 

Live from #CWGC Essex Farm Cemetery

Posted by Commonwealth War Graves Commission on Friday, July 28, 2017

 

La Déclaration de Guerre – ii partie
août 1914-2017

Un avis officiel aux recrues détaillant les nouveaux standards pour le service militaire.
Crédit: Bibliothèque et Archives Canada, Acc. no. 1983-28-2311.

La semaine dernière a marqué le 103e anniversaire de la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne en 1914. Dans une époque précédant l’avènement de la télévision, et où l’utilisation de la radio était répandue, les communications instantanées n’étaient pas toujours à point. Par conséquent, pour ceux qui ne vivaient pas dans les centres urbains majeurs, un bon nombre de temps pouvait s’écouler avant d’apprendre que l’Empire était en guerre, et la façon de l’apprendre pouvait parfois être non conventionnelle. Cela s’est avéré particulièrement vrai pour les gens vivant dans les régions sauvages du Nord, comme le raconte ce témoignage:

« Un arpenteur travaillant dans la province, à Cascade Range, à plus de 150 miles du bureau télégraphique le plus près, n’a appris qu’en septembre que la guerre avait éclaté ailleurs. Il était difficile pour lui d’obtenir plus de détails, puisque l’homme qui l’avait mis au courant ne pouvait communiquer que par l’intermédiaire de la langue chinook. »

« Qui se battait? » a demandé l’arpenteur.

« Tout le monde » lui a répondu l’Indien. Ils se battaient à Victoria et à Vancouver, mais pas à Seattle.

Rien de cela n’avait de sens pour l’arpenteur, dont les questions ne donnaient lieu qu’à plus d’images de bagarres de rue devant les hôtels Empress ou Georgia. Finalement, l’Indien s’est arrêté puis a crié de façon triomphante: « Le roi George, il se bat ». Sachant que dans la langue chinook, « le roi George » signifiait la Grande-Bretagne, et que les Anglais étaient appelés « les hommes du roi George », l’arpenteur a soudainement compris. « Je savais que cela voulait dire que l’Angleterre et l’Allemagne se battaient, et j’ai immédiatement su ce que je devais faire ».

(Zuehlke, Brave Bataillon – The Remarkable Saga of the 16th Battalion (Canadian Scottish) In The First World War, p. 11)  

Des recrues sur la rue Station à Toronto, le 9 novembre 1915. 
Crédit: John Boyd/Bibliothèque et Archives Canada/PA-071690.

*Note du rédacteur: La publication d’aujourd’hui a été tirée de Brave Battalion (Le brave bataillon) de Mark Zuehlke, écrit en2008. Cependant, il est important de noter que cette histoire précise est elle-même tirée de The History of the 16th Battalion (The Canadian Scottish) Canadian Expeditionary Force in the Great War, 1914-1919 (L’histoire du 16e Bataillon (Canadien écossais), Corps expéditionnaire canadien durant la Grande Guerre, 1914-1919), écrit en 1932 par H. M. Urquhart. Le langage n’a pas été changé afin de demeurer fidèle au document original et de refléter le vocabulaire de l’époque, malgré l’utilisation d’une terminologie qui serait considérée comme inappropriée selon les standards d’aujourd’hui.

« Mademoiselle From Armentières »

Bien qu’elles ne soient pas d’Armentières, deux « mademoiselles » serve à dîner aux officiers dans leur estaminet près de Méricourt. 
Crédit: Ministère canadien de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-004503.

Aujourd’hui, nous continuons notre courte publication de dimanche, fournissant le contexte historique derrière la populaire chanson des tranchées Mademoiselle d’Armentières.

La ville d’Armentières était un centre majeur pour le repos et la relaxation des troupes retirées des lignes du front. Remplie d’estaminet et de pubs, elle est devenue une légende de l’expérience de la Première Guerre mondiale. Au milieu de toutes ces réjouissances, une chanson a commencé à circuler au sein des rangs. Circulant d’une unité à l’autre, imprimée dans les journaux des tranchées ou apprise par les nouvelles recrues passant dans les zones arrières, Mademoiselle d’Armentières était reconnue universellement parmi les troupes du Commonwealth. Malgré cela (ou grâce à cela), les origines de la chanson demeurent inconnues. Alors que chaque groupe l’entendait, il commençait à l’adapter à ses propres expériences, ajoutant des noms locaux, des dictons ou des couplets entiers. Alors que la guerre battait son plein et que les hommes étaient blessés, tués ou transférés hors de leur unité, personne ne pouvait clairement se rappeler d’où la chanson provenait, mais chacun soutenait qu’elle provenait d’un événement ou d’une personne à l’intérieur des rangs de sa nation. Dans son mémoire intitulé In The Trenches, 1914-1918 (Dans les tranchées, 1914-1918), le Canadien Frank S. Iriam revendique au moins une partie de la chanson pour le Canada:

« [En février 1915] nous étions cantonnés dans des granges dans la campagne et avions l’habitude de marcher jusqu’à Armentières en soirée juste pour découvrir ce que nous pourrions y voir. La chanson prenait apparemment naissance à cette époque, et elle en était à ses débuts. Je me souviens que nous avons inventé plusieurs des paroles afin d’accompagner la musique pendant que nous marchions en direction de nos cantonnements après avoir visité la ville de nuit… le fait que ces lignes en particulier sont toujours utilisées semble indiquer que nous avons pu être les instigateurs de la majeure partie de cette chanson de soldat. J’ai lu plusieurs articles trompeurs dans les journaux et magazines actuels au sujet de cette chanson… je n’affirme pas que nous sommes les créateurs de cette chanson, et je ne me souviens pas comment elle s’est rendue à nous. Je sais que plusieurs de ces paroles ont été inventées par nous à cette époque alors que nous retournions vers nos cantonnements la nuit, et ces paroles sont encoure couramment utilisées par les anciens soldats qui la chantent parfois lorsqu’ils boivent assez pour pouvoir se laisser aller. » (Iriam, In The Trenches, 1914-1918, p. 27-28).

Soldats britannique et français qui jouent aux cartes à un stand civil. Braisne, 16 Octobre 1914.
© IWM (Q 53337)

Dans cette bande du Musée impérial de la guerre, un enregistrement de 1917 sur le front capte les troupes chantant gaiement des chansons des tranchées, dont « Mademoiselle From Armentières ». La bobine au complet fournit une occasion poignante d’écouter un moment de la Première Guerre mondiale, cent ans plus tard. 

Écoutez ici: http://www.iwm.org.uk/collections/item/object/80000964
Débutant à 2:45 « It’s A Long Way To Tipperary », « Pack Up Your Troubles In Your Old Kit Bag »
Débutant à 3:37 – « Mademoiselle From Armentières »

© IWM, Catalogue numéro 970  

Nous ne fournissons ici que quelques couplets de la chanson, mais il est important de noter que certaines versions de la chanson comprenaient jusqu’à vingt-six couplets individuels! Comme d’habitude, la construction des phrases visait à se moquer de la langue française tout comme de l’incapacité des anglophones prononcer cette langue correctement. De plus, il s’agit ici d’une version plus « propre ». Un produit des lignes du front, certaines versions étaient drôlement obscènes et grossières.

Aujourd’hui, la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry continue d’utiliser la mélodie de « Mademoiselle From Armentières » dans le cadre de sa marche régimentaire. 

« Mademoiselle From Armentières »

Mademoiselle from Armenteers, parlay-voo,
Mademoiselle from Armentieers, parlay-voo,
Mademoiselle from Armentieers,
She hasn’t been kissed for forty years,
Hinky pinky, parlay-voo. 

Our top kick in Armenteers, parlay-voo,
Our top kick in Armenteers, parlay-voo,
Our top kick in Armenteers
Soon broke the spell of forty years,
Hinky pinky, parlay-voo. 

The officers get all the steak, parlay-voo,
The officers get all the steak, parlay-voo,
The officers get all the steak
And all we get is a belly ache,
Hinky pinky, parlay-voo. 

(Les paroles tirées de la version trouvée dans When This Bloody War Is Over – Soldiers’ Songs of the First World War, p. 76 par Max Arthur) 

Lord Beaverbrook
William Maxwell "Max" Aitken, 1st Baron Beaverbrook, PC, ONB

Aujourd’hui, seize étudiants de partout au Canada, Angleterre et France ont débuté l’aventure du prix Beaverbrook Vimy de la Fondation Vimy. La fondation canadienne Beaverbrook est la généreuse bienfaitrice du programme phare de la Fondation Vimy pour les étudiants. Afin de souligner le départ des étudiants, la publication d’aujourd’hui partage l’histoire de William Maxwell  »Max » Aitken, 1er baron Beaverbrook, PC, ONB, révélant son influence sur l’effort de guerre du Canada lors de la Première Guerre mondiale.

Lord Beaverbrook
Credit: Canada. Dept. of National Defence/Library and Archives Canada/PA-006467

Né le 25 mai 1879 à Maple, en Ontario, William Maxwell Aitken a grandi à Newcastle, au Nouveau-Brunswick. Entrepreneur astucieux, Aitken avait déjà tenté sa chance à plusieurs différentes entreprises commerciales au moment de passer les examens d’admission à l’université. Incapable de trouver sa voie à l’université ou à la faculté de droit, Aitken s’est de nouveau tourné vers les petites entreprises commerciales, vendant parfois des assurances ou travaillant comme correspondant pour le Montreal Star, dans un bureau d’avocats ou menant une campagne électorale municipale fructueuse. Obtenant du travail auprès de la famille Stairs, de Halifax, au début des années 1900, le sens des affaires d’Aitken l’a vite propulsé au premier plan, le rendant rapidement et avec facilité responsable de transactions massives d’actions, d’enjeux et de fusions entières. En 1910, Aitken avait déménagé en Angleterre, ou il soutenait Bonar Law, son confrère du Nouveau-Brunswick, qui est devenu le seul premier ministre canadien du Royaume-Uni. Durant les années qui ont mené à la Première Guerre mondiale, Aitken a construit un empire autour de maisons de publication de journaux ainsi qu’en achetant et vendant d’importantes parts dans la compagnie Rolls-Royce Limited. Durant ce temps, il a aussi été fait chevalier, choisissant le titre de Lord Beaverbrook, en référence à un petit cours d’eau de Newcastle, au Nouveau-Brunswick, sa ville d’origine.  

 Lors de l’éclatement de la guerre, Lord Beaverbrook a recherché un poste d’influence, devenant éventuellement « les yeux et les oreilles » de Sir Sam Hughes (le ministre canadien de la Milice et la Défense, qui allait bientôt parti en guerre) au Royaume-Uni. Bien que Beaverbrook devait récolter et faire parvenir de l’information sur la guerre au Canada, il a, de son propre gré, élargi son propre rôle en devenant une sorte d’historien et de publiciste du Corps expéditionnaire canadien (CEC). Utilisant les journaux dont il était le propriétaire, Beaverbrook a pu écrire et publier une couverture positive du CEC outre-mer, soulignant souvent leur « caractère distinctif par rapport aux soldats britanniques » (Musée canadien de la guerre, Lord Beaverbrook, 2017). Beaverbrook a aussi écrit, coécrit et/ou édité trois volumes de l’histoire contemporaine  du CEC intitulés Canada In Flanders (Le Canada en Flandre).  

 Faisant face à de la résistance de la part du Bureau canadien de la guerre, Beaverbrook a alors créé son propre fonds pour mettre sur pied un Bureau canadien des registres de guerre ayant pour but d’enregistrer et de diffuser l’effort de guerre canadien. Grâce à la persistance de Beaverbrook, des photographes, des cinéastes et des artistes de guerre officiels ont éventuellement obtenu la permission d’enregistrer des scènes du front canadien, arrivant au milieu de l’année 1916. Beaverbrook a simultanément créé le Fonds du mémorial canadien de la guerre, commandant aux artistes de guerre officiels des toiles dépeignant l’effort de guerre de la nation entière. Près de 120 artistes canadiens et britanniques ont été engagés dont trois allaient plus tard faire partie de Groupe des Sept, et près de 1000 œuvres ont été créées, de la guerre comme du front intérieur. En 1918, Beaverbrook a été nommé ministre de l’Information du nouveau ministère de l’Information, assumant la responsabilité de la propagande dans les pays neutres et ceux du Commonwealth. 

Le major Richard Jack peint la célèbre The Second Battle of Ypres, 22 April to 25 May 1915 dans son studio de Londres. Des œuvres historiques comme celle-si n’ont été possible que grâce à la création par Lord Beaverbrook du Fonds du mémorial canadien de la guerre.
Crédit: Ministère canadien de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-004879

Patrimoine durable de l’entrepreneur intarissable, près de 8 000 photographies produites par le Bureau canadien des registres de guerre préservent aujourd’hui chez Bibliothèque et Archives Canada l’histoire du Canada durant la Première Guerre mondiale. Malheureusement, une grande partie de la collection de films a été détruite lors d’un incendie à l’Office national du film en 1967. Entre temps, les énormes toiles d’art de la guerre ont été trimbalées dans différents sous-sols et différentes pièces de rangement du Musée des beaux-arts du Canada avant d’arriver finalement au Musée canadien de la guerre dans les années 1970. Lentement, ces œuvres ont été restaurées, préservées et exposées sous le nom de Collection Beaverbook dart de la guerre 

Apprenez-en plus au sujet de l’art canadien de la guerre en cliquant ici.  

La fondation canadienne Beaverbrook est la généreuse bienfaitrice du programme phare de la Fondation Vimy pour les étudiants, qui offre de prestigieuses bourses d’été pour les jeunes de 15 à 17 ans afin de leur permettre d’étudier les histoires entremêlées du Canada, de la France de la Grande-Bretagne durant la Première et la Deuxième Guerre mondiale.