La bataille de Lens
Une action centenaire

21 au 25 aoû1917 

« 124th Pioneer Battalion resting outside a shrapnel shattered house near Lens. September, 1917. »
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-001862.

Avec le succès remporté par le Corps expéditionnaire canadien lors de la bataille de la côte 70, Currie avait maintenant jeté son dévolu sur la ville derrière la colline: Lens. Malgré qu’elle avait forcé les Allemands à livrer une bataille coûteuse leur ayant infligé quelque 20 000 pertes, la prise de la côte 70 ne les avait pas forcés à se retirer de la ville. Currie avait originalement planifié la bataille de la côte 70 afin d’éviter de devoir forcer le Corps canadien à attaquer une ville fortifiée, ce qu’il n’avait jamais fait auparavant, mais avec l’absence d’un retrait des Allemands et une pression croissante de la part de son supérieur, Currie a été forcé de considérer tenter d’envahir Lens.  

Avec la contribution de ses commandants divisionnaires, Currie a ordonné aux 2e et 4e Divisions d’avancer sur la ville dans une attaque serrée et inquisitrice. La première attaque a eu lieu à 4 h 35 le 21 août avec des bataillons des deux divisions avançant de leurs lignes jusqu’aux limites de la ville. Ils ont été accueillis avec une résistance extrêmement puissante, et dans le labyrinthe des caves fortifiées, des maisons en ruines et des rues bloquées, ils étaient constamment harcelés par les Allemands. À la fin de la journée, les Canadiens ont été forcés de se retirer; ils avaient perdu 1154 soldats en une seule journée.  

Currie savait maintenant ce qui l’attendait à Lens, une puissante force allemande, mais il a fait une erreur de calcul non caractéristique: plutôt que de bombarder Lens depuis les airs, et d’ainsi éviter une bataille à l’intérieur de la ville, il a décidé d’y envoyer la 4e Division de nouveau afin d’essayer de s’emparer de Green Crassier, une grande étendue de déchets au sud de la ville. Le 44e Bataillon a reçu l’ordre de marcher sur Lens le 23 août et d’essayer de s’emparer du crassier, et alors qu’il a initialement réussi à s’en emparer, il a fini par devoir le tenir tout en étant coupé de toutes communications et sans renfort. Le 44l’a tenu jusqu’à la fin de la journée le 24 août, mais a dû de retirer, et Currie a suspendu l’opération de Lens le 25 août 1917. La ville est demeurée en mains allemandes jusqu’au retrait général des Allemands en 1918. Le nombre total de pertes du 15 au 25 août s’est élevé à 9198 soldats tués, blessés ou disparus. 

 

Avancées technologiques| 

« Canadians wounded at Lens on way to Blighty via Light Railway, September 1917. »
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-001823.

La bataille à Lens a démontré un type de combat qui allait devenir central à la Deuxième Guerre mondiale: le combat en milieu urbain. Saisir la ville demandait au Corps expéditionnaire canadien de passer à travers chaque rue de Lens afin de les vider de toute force ennemie restante, ce pour quoi il n’avait pas les ressources ni la formation nécessaires. Lens a été la dernière fois ou le corps s’est battu dans une ville jusqu’à la bataille de Valenciennes, en 1918.  

Personnalités| 

Corporel Filip Konowal (47e (Colombie-Britannique) Bataillon)- Immigrant provenant de ce qui est maintenant l’Ukraine, Filip Konowal était un vétéran de l’armée russe qui s’est enrôlé en 1915. Son bataillon faisait partie de la 4e Division et a été déployé dans la ville de Lens le 21 août 1917. Pour une durée de deux jours, Konowal a été occupé à vider les caves de la ville, et il a attaqué à lui seul deux nids de mitrailleuses, tuant leurs équipages et détruisant leurs fusils. Il a reçu la Croix e Victoria pour sa bravoure, le seul Ukrainien à avoir reçu cet honneur. La vie de Konowal à la suite de la guerre a été tragique: sa famille en Ukraine a été tuée lors du plan de collectivisation de Stalin dans les années 1930, et Konowal n’est jamais retourné dans sa terre natale. Il a été accusé de meurtre en 1919 et a passé du temps dans un hôpital psychiatrique, avant de trouver du travail comme concierge à la Chambre des Communes. 

Le sergent-major de compagnie Robert Hill Hanna (29th (Vancouver) Battalion) est le deuxième Canadien à avoir reçu la Croix de Victoria à Lens. Les deux sont comptées comme des reconnaissances pour la bataille de la côte 70.

« Un docteur canadien examine des Canadiens blessés avant de quitter un poste de soins près de Lens. Septembre 1917. »
Crédit: Canada. Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-003816.

La bataille de Langemarck
Une action centenaire

Le Newfoundland Regiment a avancé sur le front de Langemarck sur une route faite de planches ensevelie dans la boue, similaire à celle montrée ici.
© IWM (Q 2217)

16-18 août 1917

Pendant que le Corps expéditionnaire canadien (CEC) se battait à la côte 70, le Newfoundland Regiment prenait part à la bataille de Langemarck, du 16 au 18 août 1917. Traversant un ruisseau et approximativement 1 000 verges de front ennemi, le régiment s’est battu de façon splendide et plus de dix Médailles militaires ont été décernées aux soldats de ses rangs. La 29e Division, au sein de laquelle le régiment servait, était la seule unité à avoir capturé tous ses objectifs durant l’offensive (Nicholson, The Fighting Newfoundlander,p.385). Mais la victoire n’a pas eu lieu dans pertes: 103 Terre-Neuviens ont été victimes de la bataille, dont 27 qui y sont morts. 

Le souvenir qui perdure le plus de la bataille de Langemarck est peut-être la boue. Présageant le bourbier qu’allait être Passchendaele à l’automne, le Newfoundland Regiment a avancé vers la ligne de départ le long d’une planche de bois qui était enfouie dans une boue qui allait à la hauteur des genoux. (Nicholson, The Fighting Newfoundlander,p.380).  Pendant ce temps, dans le milieu de la bataille, un soldat, « un homme qui n’avait pas été choyé en matière de hauteur », chargé d’un panier de pigeons voyageurs, « s’est trouvé pris dans la boue de la tourbière jusqu’à la moitié de son corps ». (Nicholson, The Fighting Newfoundlander,p.384). Une longue journée dans la boue a défilé avant qu’un pigeon n’arrive au quartier général du bataillon, transportant un message informel au sujet de l’état des choses sur le front et racontant le sort d’un courageux soldat pris dans la boue. Rapidement, « un groupe s’en est allé afin de sortir le porteur de pigeons de sa situation critique. » (Nicholson, The Fighting Newfoundlander,p.384).  

Note du rédacteur: Il est important de noter que le Newfoundland Regiment servait au sein des forces du Commonwealth en tant que contribution à l’effort de guerre complètement séparée du Dominion de Terre-Neuve. Conséquemment, il ne faisait pas partie du CEC et participait souvent à des engagements entièrement différents. 

Bataille de la côte 70
Une action centenaire

Les Canadiens dans les tranchées capturées sur côte 70. août, 1917.
Crédit: Ministère canadien de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-001718 (modifiée de l’original). Colorisée par Canadian Colour.

15-18 août 1917 

Ayant eu lieu quatre mois après la bataille de la crête de Vimy, la bataille de la côte 70 a été le premier grand engagement canadien de l’été, et la première mise à l’épreuve du nouveau commandant du Corps expéditionnaire canadien, le lieutenant-général Arthur Currie. La ville de Lens, un centre industriel d’extraction du charbon surplombé au nord par la côte 70, était sous le contrôle des Allemands depuis 1914. L’attaque originale, assignée à Currie peu après qu’il soit devenu commandant du Corps expéditionnaire, prévoyait la capture de la ville avant la fin du mois de juillet. Currie croyait que la côte 70 était un objectif plus important, puisque d’en prendre le contrôle signifiait une position d’artillerie forte au-dessus de la ville, et plutôt que de gaspiller des vies à tenter de saisir Lens, qu’il vaudrait mieux de neutraliser la côte d’abord et de l’utiliser pour forcer les Allemands à venir les attaquer ensuite.  

Il a convaincu son supérieur, le général Henry Horne, de la valeur d’une attaque plus limitée lors d’une rencontre le 10 juillet, et la date de la bataille a été fixée à la fin du mois de juillet. Des retards causés par la mauvaise température ont déplacé la bataille au mois d’août. Malgré ce changement dans les plans, la côte 70 était toujours un objectif difficile, et Currie a bénéficié de moins d’un mois pour effectuer la planification et pour entraîner ses troupes. Comme son prédécesseur à Vimy, le général Byng, Currie voulait que ses hommes connaissent leur objectif exact, et, comme lui, il a utilisé les cartes, l’enseignement en classe et des champs de bataille à l’échelle afin de s’assurer que tous les soldats du Corps expéditionnaire savaient ce qu’ils devaient faire, et où ils devaient le faire.  

Le Corps est passé à l’attaque le 15 août à 4 h 25 sous un barrage rampant et un écran de fumée:

Lens, France. 1917.
Crédit: Ministère canadien de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-001872.

«…À 4 h 20, on aurait pensé que la terre avait explosé. Mon Dieu, c’était extraordinaire! Je ne sais pas combien de fusils nous avions, certains disent: un pour trois hommes… Dès le premier grondement, nous avons rempli les tranchées et avons commencé à bouger… Aucune force sur terre naurait pu nous empêcher de nous rendre sur le parapet afin de jeter un coup d’œil. Il faisait trop sombre pour pour voir les hommes avancer derrière le barrage, mais la ligne de tir – Dieux! Essayez dimaginer un long tuyau de gaz qui aurait été couvert de trous çà et là, puis auquel on aurait mis le feu. La flamme de chaque obus éclatait puis se mêlait à la flamme de lobus suivant. C’était parfait. C’était terrifiant. Les flammes étaient dotées de points noirs qui étaient des cailloux et de la boue… Après un temps, le barrage s’est dissipé. Seulement les cris des gros obus au-dessus de nos têtes et les vrombissements des avions, et le crump, crump, crump lourd des obus des Allemands derrière nous qui cherchaient des batteries. Ils auraient tout aussi bien pu essayer de repousser la mer entière avec un balai.»
(Watson, Letters of a Canadian Stretcher-Bearer, p. 156 – 157). 
 

Le plan de Currie prévoyait une attaque en trois phases: premièrement, saisir la ligne allemande à la crête de la colline, deuxièmement, saisir les tranchées dans la pente descendante vers Lens, et finalement, saisir le plus bas arc des tranchées, au pied de la côte. Les trois phases devaient être accomplies très rapidement afin que les Canadiens soient en position de répondre à l’attaque inévitable que susciterait Currie. En même temps, des bataillons de la 4e Division étaient engagés dans une fausse attaque contre Lens afin de détourner l’attention des Allemands de la côte 70 et de permettre plus de temps pour consolider les positions.  

Les attaques du 15 août se sont bien déroulées, avec la formation d’une nouvelle ligne de front canadienne faite de parties des deuxièmes et troisièmes objectifs, mais la contre-attaque des Allemands a débuté rapidement après les gains initiaux, la première commençant à 7 h. Le 16 août, la 2e Division a atteint ses objectifs sur la troisième ligne et la côte 70 a été considérée comme complètement saisie par les Canadiens. Des attaques au gaz massives de la part des Allemands ont rendu misérable la tâche de tenir la côte, et plusieurs soldats ont été les victimes du gaz moutarde, qui brûlait la peau et causait la cécité. À la fin de la journée du 18 août, les contre-attaques allemandes s’étaient calmées et le Corps expéditionnaire a passé les jours suivants à se ressaisir avant que le général Currie ne leur ordonne de se lancer dans la bataille suivante, le 21 août, sur la ville de Lens. Les six premiers jours de la bataille ont vu 5 600 soldats blessés, tués ou disparus.

« Dressing wounded Canadians during advance to Hill 70. August, 1917. »
Crédit: Ministère canadien de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-001598.

Avancées technologiques | 

« A wounded Canadian leads in a Boche whose nerves have been shattered during our advance on Hill 70. August, 1917. »
Crédit: Ministère canadien de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-001597.

 L’artillerie canadienne utilisait déjà des techniques de contre-barrage durant la bataille de la crête de Vimy, mais la côte 70 posait un défi particulier. Plusieurs des armes et des mitrailleurs canadiens avaient été déplacés pour soutenir la bataille britannique en cours à Passchendaele, laissant l’AC sous-équipée et utilisant des armes beaucoup plus anciennes. De plus, la température durant la période menant à la bataille avait été constamment mauvaise, rendant la localisation des armes ennemies beaucoup plus difficile. Cependant, l’artillerie canadienne a tout de même réussi à frapper 40 des plus de 100 batteries allemandes avant le début de l’attaque, et a continué à fournir du soutien avec un barrage rampant le 15 août.  

-Afin de nous préparer aux contre-attaques qui, nous le savions, allaient arriver, Currie a créé une zone de front complexe, comprenant des tirs entremêlés de mitrailleuses, de fusils et d’artillerie, qui serait mise en place lorsque le corps aurait atteint ses objectifs. Afin d’arriver dans les tranchées canadiennes, les Allemands devraient attaquer au travers d’un champ de tirs directs. L’idée de Currie dérivait de l’information qu’il avait apprise des Français à l’hiver 1917, qui avaient défendu la ville de Verdun en utilisant une technique similaire. 

-Les Canadiens tout comme les Allemands ont utilisé des gaz toxiques aux effets dévastateurs durant la bataille de la côte 70. L’attaque canadienne initiale à 4 h 25 s’est déroulée derrière un rideau de gaz et de fumée, ce qui a désorienté les forces allemandes dans la ville et ralenti leur réponse. Les Allemands ont utilisé du gaz moutarde le 18 août qui, contrairement au chlore, n’était pas immédiatement détectable, et plusieurs Canadiens ont été empoisonnés sans le savoir parce qu’ils ont attendu trop longtemps avant de mettre leur masque à gaz. 

Personnalités | 

Le lieutenant-général Arthur Currie – La côte 70 était la première bataille de Currie depuis sa promotion comme commandant du Corps expéditionnaire en juin 1917. La bataille comprenait déjà tous les signes distinctifs des succès subséquents de Currie en 1918: préparation minutieuse, coopération entre l’artillerie et l’infanterie, tactiques de prise et de maintien. Au terme de la guerre, Currie était considéré comme l’un des meilleurs généraux de l’armée britannique. 

Durant les attaques de la côte 70 et de Lens, six Canadiens ont reçu la Croix de Victoria.  

Private Harry Brown (10e Bataillon CEC) – Un messager, Brown a été gravement blessé, et son collègue tué alors qu’il livrait un message le 17 août 1917. Il a continué la livraison de son message jusqu’à s’évanouir suite à une trop grande perte de sang. Le soldat Brown est mort de ses blessures le même jour. 

Company Sergeant-Major Robert Hill Hanna (29e Bataillon CEC) – s’est élancé dans un nid de mitrailleuses ennemies avec quatre autres hommes et l’a capturé le 21 août 1917. Hanna avait immigré au Canada depuis l’Irlande avant la guerre.  

Sergeant Frederick Hobson (20e Bataillon CEC) – Le 18 août 1917, après qu’une position de fusil Lewis ait été enterrée et l’équipe tuée, Hobson a quitté sa tranchée, a déterré le fusil et a tiré sur les troupes allemandes qui attaquaient, jusqu’à ce qu’il soit tué.  

Corporal Filip Konowal (47e Bataillon CEC) – Konowal avait comme tâche de vider les caves occupées de la ville de Lens durant la deuxième phase de l’attaque de Currie, après la côte 70. Il a à lui seul attaqué deux nids de mitrailleuses avant d’être gravement blessé. Konowal a survécu à la guerre et s’est installé à Hull, au Québec.  

Major Okill Massey Learmonth (2e Bataillon CEC) – Le 19 août 1917, durant une contre-attaque allemande, Learmonth a été blessé, mais a refusé de laisser ses hommes, les dirigeant plutôt depuis le parapet, puis depuis le fond de sa tranchée, tout en lançant des grenades. Il est mort le même jour de ses blessures.  

Private Michael James O’Rourke (7e Bataillon CEC) – O’Rourke a servi comme porteur de civière à la côte 70 et a travaillé pendant trois jours sous un tir ennemi intense afin d’assurer l’évacuation des membres blessés de son bataillon. Il a survécu à la guerre et a été à la tête d’une grève des débardeurs de 1000 hommes à Vancouver en 1935.     

 

La photo d’aujourd’hui a été colorée dans le cadre du projet “La Première Guerre mondiale en couleur” de la Fondation Vimy. Pour en savoir plus sur ce projet, et voir d’autres photos, veuillez suivre ce lien : http://www.fondationvimy.ca/projets/

Batailles canadiennes de la PGM

De 2014 à 2018, nous commémorons le centième anniversaire de la Première Guerre mondiale. 100 ans plus tard, la Fondation Vimy travaille activement à assurer qu’on se souvienne des grandes batailles de la Première Guerre mondiale impliquant les Canadiens et qu’on commémore nos pertes.

Mai et juin 1915 – Festubert et Givenchy

Juin 1916 – Bataille de Mont Sorrel

1er juillet 1916 – Beaumont Hamel

15 à 22 septembre 1916 – Courcelette

26 septembre 1916 – La bataille de la crête de Thiepval

1 octobre – 11 novembre 1916 – la tranchée Regina

9 au 12 avril 1917 – Bataille de la Crête de Vimy

14 avril 1917 – Monchy-le-Preux

28 au 29 avril 1917 – Arleux-en-Gohelle

3 au 8 mai 1917 – Fresnoy

 

Nous nous souviendrons d’eux.

 

Aidez-nous à poursuivre notre travail pour mettre en évidence les batailles de la Première Guerre mondiale du Canada et commémorer ces anniversaires importants. S’il vous plaît, faites un don aujourd’hui pour nous soutenir.